Carmen

Georges Bizet – Carmen

Georges Bizet

Carmen

Opéra-comique en quatre actes

Personnages

Don José

Escamillo

Le Dancaire

Le Remendado

Moralès, brigadier

Zuniga, lieutenant

Lillas Pastia

Un guide

Carmen

Micaela

Frasquita

Mercédès

En Espagne. – Vers 1820.

Acte premier

Une place à Séville. – A droite, la porte de la manufacture de tabac. – Au fond, face au public, pont praticable traversant la scène dans toute son étendue. – De la scène on arrive à ce point par un escalier tournant qui fait sa révolution à droite au-dessus de la porte de la manufacture de tabac. – Le dessous du pont est praticable. – A gauche, au premier plan, le corps de garde. – Devant le corps de garde, une petite galerie couverte, exhaussée de deux ou trois marches; près du corps de garde, dans un râtelier, les lances des dragons avec leurs banderoles jaunes et rouges.

Scène première

Moralès, Micaela, soldats, passants.

Au lever du rideau, une quinzaine de soldats Dragons du régiment d’ Almanza, sont groupés devant le corps de garde. Les uns assis et fumant, les autres accoudés sur la balustrade de la galerie. Mouvement de passants sur la place. Des gens pressés, affairés, vont, viennent, se rencontrent, se saluent, se bousculent, etc.

CHŒUR.

Sur la place

Chacun passe,

Chacun vient, chacun va;

Drôles de gens que ces gens-là.

MORALÈS.

A la porte du corps de garde

Pour tuer le temps,

On fume, on jase, l’on regarde

Passer les passants.

REPRISE DU CHŒUR.

Sur la place

Etc.

Depuis quelques minutes Micaëla est entrée. Jupe bleue, nattes tombant sur les épaules, hésitante, embarrassée, elle regarde les soldats, avance, recule, etc.

MORALÈS, aux soldats.

Regardez donc cette petite

Qui semble vouloir nous parler,

Voyez, elle tourne, elle hésite.

CHŒUR.

A son secours il faut aller.

MORALÈS, à Micaëla.

Que cherchez-vous, la belle?

MICAELA.

Je cherche un brigadier.

MORALÈS.

Je suis là,

Voilà!

MICAELA.

Mon brigadier, à moi, s’appelle

Don José … le connaissez-vous?

MORALÈS.

José, nous le connaissons tous.

MICAELA.

Est-il avec vous, je vous prie?

MORALÈS.

Il n’est pas brigadier dans notre compagnie.

MICAELA, désolée.

Alors il n’est pas là.

MORALÈS.

Non, ma charmante, il n’est pas là,

Mais tout à l’heure il y sera.

Il y sera quand la garde montante

Remplacera la garde descendante.

TOUS.

Il y sera quand la garde montante

Remplacera la garde descendante.

MORALÈS.

Mais en attendant qu’il vienne,

Voulez-vous, la belle enfant,

Voulez-vous prendre la peine

D’entrer chez nous un instant?

MICAELA.

Chez vous!

LES SOLDATS.

Chez nous.

MICAELA.

Non pas, non pas

Grand merci, messieurs les soldats.

MORALÈS.

Entrez sans crainte, mignonne,

Je vous promets qu’on aura,

Pour votre chère personne,

Tous les égards qu’il faudra.

MICAELA.

Je n’en doute pas; cependant

Je reviendrai, c’est plus prudent.

Reprenant en riant la phrase du sergent.

Je reviendrai quand la garde montante

Remplacera la garde descendante.

LES SOLDATS, entourant Micaëla.

Vous resterez.

MICAELA, cherchant à se dégager.

Non pas! non pas!

Au revoir, messieurs les soldats.

Elle s’échappe et se sauve en courant.

MORALÈS.

L’oiseau s’envole,

On s’en console.

Reprenons notre passe-temps,

Et regardons passer les gens.

REPRISE.

Sur la place

Chacun passe, etc.

Le mouvement des passants qui avait cessé pendant la scène de Micaëla a repris avec une certaine animation Parmi les gens qui vont et viennent, un vieux monsieur donnant le bras à une jeune dame … Le vieux monsieur voudrait continuer sa promenade, mais la jeune dame fait tout ce qu’elle peut pour le retenir sur la place. Elle paraît émue, inquiète. Elle regarde à droite, à gauche. Elle attend quelqu’un et ce quelqu’un ne vient pas. Cette pantomime doit cadrer très exactement avec le couplet suivant.

MORALÈS.

I

Attention! chut! Taisons-nous!

Voici venir un vieil époux,

Œil soupçonneux, mine jalouse,

Il tient au bras sa jeune épouse;

L’amant sans doute n’est pas loin;

Il va sortir de quelque coin.

En ce moment un jeune homme entre rapidement sur la place.

Ah! ah! ah! ah!

Le voilà.

Voyons comment ça tournera.

Le second couplet continue et s’adapte fidèlement à la scène mimée par les trois personnages. Le jeune homme s’approche du vieux monsieur et de la jeune dame, salue et échange quelques mots à voix basse, etc.

MORALÈS.

II

Imitant le salut empressé du jeune homme.

Vous trouver ici, quel bonheur!

Prenant l’air rechigné du vieux mari.

Je suis bien votre serviteur.

Reprenant l’air du jeune homme.

Il salue, il parle avec grâce.

Puis l’air du vieux mari.

Le vieux mari fait la grimace;

Imitant les mines souriantes de la dame.

Mais d’un air fort encourageant

La dame accueille le galant.

Le jeune homme, à ce moment, tire de sa poche un billet qu’il fait voir à la dame.

Ah! ah! ah! ah!

L’y voilà;

Voyons comment ça tournera.

Ah! ah! ah! ah!

L’y voilà;

Voyons comment ça tournera.

Le mari, la femme et le galant font tous les trois très lentement un petit tour sur la place, le jeune homme cherchant à remettre son billet doux à la dame.

MORALÈS.

III

Ils font ensemble quelques pas;

Notre amoureux, levant le bras,

Fait voir au mari quelque chose,

Et le mari toujours morose

Regarde en l’air … Le tour est fait,

Car la dame a pris le billet.

Le jeune homme, d’une main, montre quelque chose en l’air au vieux monsieur et, de l’autre, passe le billet à la dame.

Ah! ah! ah! ah!

Et voilà.

On voit comment ça tournera

TOUS, riant.

Ah! ah! ah! ah!

Et voilà,

On voit comment ça tournera.

On entend au loin, très au loin, une marche militaire, clairons et fifres. C’est la garde montante qui arrive. Le vieux monsieur et le jeune homme échangent une cordiale poignée de main. Salut respectueux du jeune homme à la dame. Un officier sort du poste. Les soldats du poste vont prendre leurs lances et se rangent en ligne devant le corps de garde. Les passants à droite forment un groupe pour assister à la parade. La marche militaire se rapproche, se rapproche … La garde montante débouche enfin venant de la gauche et traverse le pont. Deux clairons et deux fifres d’abord. Puis une bande de petits gamins qui s’efforcent de faire de grandes enjambées pour marcher au pas des dragons. – Aussi petits que possible les enfants. Derrière les enfants, le lieutenant Zuniga et le

brigadier don José, puis les dragons avec leurs lances.

Scène II

Les mêmes, Don José, Le Lieutenant.

CHŒUR DES GAMINS.

Avec la garde montante

Nous arrivons, nous voilà …

Sonne, trompette éclatante,

Ta ra ta ta, ta ra ta ta;

Nous marchons la tête haute

Comme de petits soldats

Marquant sans faire de faute.

Une … deux … marquant le pas,

Les épaules en arrière

Et la poitrine en dehors,

Les bras de cette manière

Tombant tout le long du corps

Avec la garde montante

Sonne, trompette éclatante,

Nous arrivons, nous voilà,

Ta ra ta ta, ta ra ta ta.

La garde montante va se ranger à droite en face de la garde descendante. Dès que les petits gamins qui se sont arrêtés à droite devant les curieux ont fini de chanter, les officiers se saluent de l’épée et se mettent à causer à voix basse. On relève les

sentinelles.

MORALÈS, à don José. Il y a une jolie fille qui est venue te demander. Elle a dit qu’elle reviendrait …

JOSÉ. Une jolie fille?

MORALÈS. Oui, et gentiment habillée, une jupe bleue, des nattes tombant sur les épaules …

JOSÉ. C’est Micaëla. Ce ne peut être que Micaëla.

MORALÈS. Elle n’a pas dit son nom.

Les factionnaires sont relevés. Sonneries des clairons. La garde descendante passe devant la garde montante. – Les gamins en troupe reprennent derrière les clairons et les fifres de la garde descendante la place qu’ils occupaient derrière les tambours et les fifres de la garde montante.

REPRISE DU CHŒUR DES GAMINS.

Et la garde descendante

Rentre chez elle et s’en va.

Sonne, trompette, éclatante,

Ta ra ta ta, ta ra ta ta.

Nous partons la tête haute

Comme de petits soldats.

Marquant, sans faire de faute,

Une … deux … marquant le pas.

Les épaules en arrière

Et la poitrine en dehors,

Les bras de cette manière

Tombant tout le long du corps.

Et la garde descendante

Rentre chez elle et s’en va.

Sonne, trompette éclatante,

Ta ra ta ta, ta ra ta ta.

Soldats, gamins et curieux s’éloignent par le fond; chœur, fifres et clairons vont diminuant. L’officier de la garde montante pendant ce temps, passe silencieusement l’inspection de ses hommes. Quand le chœur des gamins et les fifres ont cessé de se faire entendre, le lieutenant dit: Présentez lances … Haut lances … Rompez les rangs. Les dragons vont tous déposer leurs lances dans le râtelier, puis ils rentrent dans le corps de garde. Don José et le lieutenant restent seuls en scène.

Scène III

Le lieutenant, Don José.

LE LIEUTENANT. Dites-moi, brigadier?

JOSÉ, se levant. Mon lieutenant?

LE LIEUTENANT. Je ne suis dans le régiment que depuis deux jours et jamais je n’étais venu à Séville. Qu’est-ce que c’est que ce grand bâtiment?

JOSÉ. C’est la manufacture de tabacs …

LE LIEUTENANT. Ce sont des femmes qui travaillent là? …

JOSÉ. Oui, mon lieutenant. Elles n’y sont pas maintenant; tout à l’heure, après leur dîner, elles vont revenir. Et je vous réponds qu’alors il y aura du monde pour les voir passer.

LE LIEUTENANT. Elles sont beaucoup?

JOSÉ. Ma foi, elles sont bien quatre ou cinq cents qui roulent des cigares dans une grande salle …

LE LIEUTENANT. Ce doit être curieux.

JOSÉ. Oui, mais les hommes ne peuvent pas entrer dans cette salle sans une permission …

LE LIEUTENANT. Ah!

JOSÉ. Parce que, lorsqu’il fait chaud, ces ouvrières se mettent à leur aise, surtout les jeunes.

LE LIEUTENANT. Il y en a de jeunes?

JOSÉ. Mais oui, mon lieutenant.

LE LIEUTENANT. Et de jolies?

JOSÉ, en riant. Je le suppose … Mais à vous dire vrai, et bien que j’aie été de garde ici plusieurs fois déjà, je n’en suis pas bien sûr, car je ne les ai jamais beaucoup regardées …

LE LIEUTENANT. Allons donc! …

JOSÉ. Que voulez-vous? … ces Andalouses me font peur. Je ne suis pas fait à leurs manières, toujours à railler … jamais un mot de raison …

LE LIEUTENANT. Et puis nous avons un faible pour les jupes bleues, et pour les nattes tombant sur les épaules …

JOSÉ, riant. Ah! mon lieutenant a entendu ce que disait Moralès?

LE LIEUTENANT. Oui …

JOSÉ. Je ne le nierai pas … la jupe bleue, les nattes, c’est le costume de la Navarre … ça me rappelle le pays …

LE LIEUTENANT. Vous êtes Navarrais?

JOSÉ. Et vieux chrétien. Don José Lizzarabengoa, c’est mon nom … On voulait que je fusse d’église, et l’on m’a fait étudier. Mais je ne profitais guère, j’aimais trop jouer à la paume … Un jour que j’avais gagné, un gars de l’Alava me chercha querelle; j’eus encore l’avantage, mais cela m’obligea de quitter le pays. Je me fis soldat! Je n’avais plus mon père; ma mère me suivit et vint s’établir à dix lieues de Séville … avec la petite Micaëla … c’est une orpheline que ma mère a recueillie, et qui n’a pas voulu se séparer d’elle …

LE LIEUTENANT. Et quel âge a-t-elle, la petite Micaëla?

JOSÉ. Dix-sept ans …

LE LIEUTENANT. Il fallait dire cela tout de suite … Je comprends maintenant pourquoi vous ne pouvez pas me dire si les ouvrières de la manufacture sont jolies ou laides. La cloche de la manufacture se fait entendre.

JOSÉ. Voici la cloche qui sonne, mon lieutenant, et vous allez pouvoir juger par vous-même … Quant à moi je vais faire une chaîne pour attacher mon épinglette.

Scène IV

Don José, soldats, jeunes gens et cigarières.

La place se remplit de jeunes gens qui viennent se placer sur le passage des cigarières. Les soldats sortent du poste. Don José s’assied sur une chaise, et reste là fort indifférent à toutes ces allées et venues, travaillant à son épinglette.

CHŒUR.

La cloche a sonné, nous, des ouvrières

Nous venons ici guetter le retour,

Et nous vous suivrons, brunes cigarières,

En vous murmurant des propos d’amour.

A ce moment paraissent les cigarières, la cigarette aux lèvres. Elles passent sous le pont et descendent lentement en scène.

LES SOLDATS.

Voyez-les … Regards imprudents,

Mine coquette,

Fumant toutes du bout des dents

La cigarette.

LES CIGARIÈRES.

Dans l’air, nous suivons des yeux

La fumée

Qui vers les cieux

Monte, monte parfumée.

Dans l’air nous suivons des yeux

La fumée,

La fumée,

La fumée,

La fumée.

Cela monte doucement

A la tête,

Cela vous met gentiment

L’âme en fête,

Dans l’air nous suivons des yeux

La fumée,

Etc.

Le doux parler des amants

C’est fumée;

Leurs transports et leurs serments

C’est fumée.

Dans l’air nous suivons des yeux

La fumée,

Etc.

LES JEUNES GENS, aux cigarières.

Sans faire les cruelles,

Ecoutez-nous les belles,

Vous que nous adorons,

Que nous idolâtrons.

LES CIGARIÈRES reprennent en riant.

Le doux parler des amants

C’est fumée;

Leurs transports et leurs serments

C’est fumée.

Dans l’air nous suivons des yeux

La fumée,

Etc.

Scène V

Les mêmes, Carmen.

LES SOLDATS.

Nous ne voyons pas la Carmencita.

LES CIGARIÈRES ET LES JEUNES GENS.

La voilà,

La voilà,

Voilà la Carmencita.

Entre Carmen. Absolument le costume et l’entrée indiqués par Mérimée. Elle a un bouquet de cassie à son corsage et une fleur de cassie dans le coin de la bouche. Trois ou quatre jeunes gens entrent avec Carmen. Ils la suivent, l’entourent, lui parlent. Elle minaude et caquette avec eux. Don José lève la tête. Il regarde Carmen, puis se remet à travailler tranquillement à son épinglette.

LES JEUNES GENS, entrés avec Carmen.

Carmen, sur tes pas, nous nous pressons tous;

Carmen, sois gentille, au moins réponds-nous

Et dis-nous quel jour tu nous aimeras.

CARMEN, les regardant.

Quand je vous aimerai, ma foi, je ne sais pas.

Peut-être jamais, peut-être demain;

Mais pas aujourd’hui, c’est certain.

L’amour est un oiseau rebelle

Que nul ne peut apprivoiser,

Et c’est bien en vain qu’on l’appelle

S’il lui convient de refuser.

Rien n’y fait; menace ou prière,

L’un parle bien, l’autre se tait;

Et c’est l’autre que je préfère,

Il n’a rien dit, mais il me plaît.

L’amour est enfant de Bohême,

Il n’a jamais connu de loi;

Si tu ne m’aimes pas, je t’aime;

Si je t’aime, prends garde à toi! …

L’oiseau que tu croyais surprendre

Battit de l’aile et s’envola …

L’amour est loin, tu peux l’attendre

Tu ne l’attends plus … il est là…

Tout autour de toi, vite, vite

Il vient, s’en va, puis il revient …

Tu crois le tenir, il t’évite

Tu veux l’éviter, il te tient.

L’amour est enfant de Bohême,

Il n’a jamais connu de loi;

Si tu ne m’aimes pas, je t’aime

Si je t’aime, prends garde à toi!

LES JEUNES GENS.

Carmen, sur tes pas, nous nous pressons tous;

Carmen, sois gentille, au moins réponds-nous.

Moment de silence. Les jeunes gens entourent Carmen, celle-ci les regarde l’un après l’autre, sort du cercle qu’ils forment autour d’elle et s’en va droit à don José, qui est toujours occupé de son épinglette.

CARMEN. Eh! compère, qu’est-ce que tu fais là? …

JOSÉ. Je fais une chaîne avec du fil de laiton, une chaîne pour attacher mon épinglette.

CARMEN, riant. Ton épinglette, vraiment! ton épinglette … épinglier de mon âme … Elle arrache de son corsage la fleur de cassie et la lance à don José. Il se lève brusquement. La fleur de cassie est tombée à ses pieds. Eclat de rire général; la cloche de la manufacture sonne une deuxième fois. Sortie des ouvrières et des jeunes gens sur la reprise de.

L’amour est enfant de Bohême,

Etc.

Carmen sort la première en courant et elle entre dans la manufacture. Les jeunes gens sortent à droite et à gauche. – Le lieutenant qui, pendant cette scène, bavardait avec deux ou trois ouvrières, les quitte et rentre dans le poste après que les soldats y sont rentrés.

Scène VI

DON JOSÉ. Qu’est-ce que cela veut dire, ces façons- là? … Quelle effronterie! … En souriant. Tout ça parce que je ne faisais pas attention à elle! … Alors, suivant l’usage des femmes et des chats qui ne viennent pas quand on les appelle et qui viennent quand on ne les appelle pas, elle est venue … Il regarde la fleur de cassie qui est par terre, à ses pieds. Il la ramasse. Avec quelle adresse elle me l’a lancée, cette fleur … là, juste entre les deux yeux … ça m’a fait l’effet d’une balle qui m’arrivait … Il respire le parfum de la fleur. Comme c’est fort! … Certainement, s’il y a des sorcières, cette fille-là en est une.

Entre Micaëla.

Scène VII

Don José, Micaela.

MICAELA. Monsieur le brigadier?

DON JOSÉ, cachant précipitamment la fleur de cassie. Quoi? … Qu’est-ce que c’est? … Micaëla! … c’est toi …

MICAELA. C’est moi! …

JOSÉ. Et tu viens de là-bas? …

MICAELA. Et je viens de là-bas … C’est votre mère qui m’envoie…

JOSÉ.

Ma mère …

JOSÉ.

Eh bien, parle … ma mère …

MICAELA.

J’apporte de sa part, fidèle messagère,

Cette lettre.

JOSÉ, regardant la lettre.

Une lettre.

MICAELA.

Et puis un peu d’argent.

Elle lui remet une petite bourse.

Pour ajouter à votre traitement,

Et puis …

JOSÉ.

Et puis?

MICAELA.

Et puis? … vraiment je n’ose

Et puis … encore une autre chose

Qui vaut mieux que l’argent et qui, pour un bon fils,

Aura sans doute plus de prix.

JOSÉ.

Cette autre chose, quelle est-elle?

Parle donc.

MICAELA.

Oui, je parlerai;

Ce que l’on m’a donné, je vous le donnerai.

Votre mère avec moi sortait de la chapelle,

Et c’est alors qu’en m’embrassant,

Tu vas, m’a-t-elle dit, t’en aller à la ville:

La route n’est pas longue, une fois à Séville,

Tu chercheras mon fils, mon José, mon enfant …

Et tu lui diras que sa mère

Songe nuit et jour à l’absent …

Qu’elle regrette et qu’elle espère,

Qu’elle pardonne et qu’elle attend;

Tout cela, n’est-ce pas? mignonne,

De ma part tu le lui diras,

Et ce baiser que je te donne

De ma part tu le lui rendras.

JOSÉ, très ému.

Un baiser de ma mère?

MICAELA.

Un baiser pour son fils,

José, je vous le rends, comme je l’ai promis.

Micaëla se hausse un peu sur la pointe des pieds et donne à don José un baiser bien franc, bien maternel. Don José très ému la laisse faire. Il la regarde bien dans les yeux. – Un moment de silence.

JOSÉ, continuant de regarder Micaëla.

Ma mère, je la vois … je revois mon village.

Souvenirs d’autrefois, souvenirs du pays!

Vous remplissez mon cœur de force et de courage

O souvenirs chéris,

Souvenirs d’autrefois! souvenirs du pays!

Ensemble.

JOSÉ.

Ma mère, je la vois,

Etc.

MICAELA.

Sa mère, il la revoit,

Etc.

JOSÉ, les yeux fixés sur la manufacture.

Qui sait de quel démon j’allais être la proie!

Même de loin, ma mère me défend,

Et ce baiser qu’elle m’envoie

Écarte le péril et sauve son enfant.

MICAELA.

Quel démon, quel péril? je ne comprends pas bien.

Que veut dire cela?

JOSÉ.

Rien! Rien!

Parlons de toi, la messagère

Tu vas retourner au pays …

MICAELA.

Ce soir même, et demain je verrai votre mère.

JOSÉ.

Eh bien! tu lui diras que José, que son fils,

Que son fils l’aime et la vénère,

Et qu’il se conduit aujourd’hui

En bon sujet pour que sa mère

Là-bas soit contente de lui.

Tout cela, n’est-ce pas? mignonne,

De ma part, tu le lui diras,

Et ce baiser que je te donne,

De ma part tu le lui rendras.

Il l’embrasse.

MICAELA.

Oui, je vous le promets … de la part de son fils

José, je le rendrai comme je l’ai promis.

Reprise de l’ensemble

JOSÉ.

Ma mère, je la vois

Etc.

MICAELA.

Sa mère il la revoit.

Etc.

JOSÉ. Attends un peu maintenant … je vais lire sa lettre …

MICAELA. J’attendrai, monsieur le brigadier, j’attendrai …

JOSÉ, embrassant la lettre avant de commencer à lire. Ah! Lisant. Continue à te bien conduire, mon enfant! L’on t’a promis de te faire maréchal des logis, peut-être alors pourras-tu quitter le service, te faire donner une petite place et revenir près de moi. Je commence à me faire bien vieille. Tu reviendrais près de moi et tu te marierais, nous n’aurions pas, je pense, grand-peine à te trouver une femme, et je sais bien, quant à moi, celle que je te conseillerais de choisir: c’est tout justement celle qui te porte ma lettre … Il n’y en a pas de plus sage et de plus gentille …

MICAELA, l’interrompant. Il vaut mieux que je ne sois pas là! …

JOSÉ. Pourquoi donc? …

MICAELA, troublée. Je viens de me rappeler que votre mère m’a chargée de quelques petits achats; je vais m’en occuper tout de suite.

JOSÉ. Attends un peu, j’ai fini …

MICAELA. Vous finirez quand je ne serai plus là …

JOSÉ. Mais la réponse? …

MICAELA. Je reviendrai la prendre avant mon départ et je la porterai à votre mère … Adieu!

JOSÉ. Micaëla!

MICAELA. Non, non … je reviendrai, j’aime mieux cela … je reviendrai, je reviendrai …

Elle sort.

Scène VIII

Don José, puis les ouvrières, le lieutenant, soldats.

JOSÉ, lisant. »Il n’y en a pas de plus sage, ni de plus gentille … il n’y en a pas surtout qui t’aime davantage … et si tu voulais …« Oui, ma mère, oui, je ferai ce que tu désires … j’épouserai Micaëla, et quant à cette bohémienne, avec ses fleurs qui ensorcellent …

Au moment où il va arracher les fleurs de sa veste, grande rumeur dans l’intérieur de la manufacture. – Entre le lieutenant suivi des soldats.

LE LIEUTENANT.

Eh bien! eh bien! qu’est-ce qui arrive? …

Les ouvrières sortent rapidement et en désordre.

CHŒUR DES CIGARIÈRES.

Au secours! n’entendez-vous pas?

Au secours, messieurs les soldats!

PREMIER GROUPE DE FEMMES.

C’est la Carmencita.

DEUXIÈME GROUPE DE FEMMES.

Non pas, ce n’est pas elle.

PREMIER GROUPE.

C’est elle.

DEUXIÈME GROUPE.

Pas du tout.

PREMIER GROUPE.

Si fait, dans la querelle

Elle a porté les premiers coups.

TOUTES LES FEMMES, entourant le lieutenant.

Ne les écoutez pas, monsieur, écoutez-nous,

Ecoutez-nous,

Ecoutez-nous.

PREMIER GROUPE, elles tirent l’officier de leur côté.

La Manuelita disait

Et répétait à voix haute

Qu’elle achèterait sans faute

Un âne qui lui plaisait.

DEUXIÈME GROUPE, même jeu.

Alors la Carmencita,

Railleuse à son ordinaire,

Dit: un âne, pour quoi faire?

Un balai te suffira.

PREMIER GROUPE.

Manuelita riposta

Et dit à sa camarade:

Pour certaine promenade

Mon âne te servira.

DEUXIÈME GROUPE.

Et ce jour-là tu pourras

A bon droit faire la fière;

Deux laquais suivront derrière

T’émouchant à tour de bras.

TOUTES LES FEMMES.

Là-dessus toutes les deux

Se sont prises aux cheveux.

LE LIEUTENANT.

Au diable tout ce bavardage.

A don José.

Prenez, José, deux hommes avec vous

Et voyez là-dedans qui cause ce tapage.

Don José prend deux hommes avec lui. – Les soldats entrent dans la manufacture. Pendant ce temps les femmes se pressent, se disputent entre elles.

PREMIER GROUPE.

C’est la Carmencita.

DEUXIÈME GROUPE.

Non, non, écoutez-nous

Etc., etc.

LE LIEUTENANT, assourdi.

Holà! holà!

Éloignez-moi toutes ces jemmes-là.

TOUTES LES FEMMES.

Écoutez-nous! écoutez-nous!

Les soldats repoussent les femmes et les écartent.

Tout doux! tout doux!

Éloignez-vous et taisez-vous.

LES FEMMES.

Écoutez-nous!

LES SOLDATS.

Tout doux.

Les cigarières glissent entre les mains des soldats qui cherchent à les écarter. – Elles se précipitent sur le lieutenant et reprennent le chœur.

PREMIER GROUPE.

La Manuelita disait,

Etc.

DEUXIÈME GROUPE.

Alors la Carmencita,

Etc.

LES SOLDATS, en repoussant encore une fois les femmes.

Tout doux! tout doux!

Éloignez-vous et taisez-vous.

Les soldats réussissent enfin à repousser les cigarières. Les femmes sont maintenues à distance autour de la place par une haie de dragons. Carmen paraît, sur la porte de la manufacture, amenée par don José et suivie par deux dragons.

Scène IX

Les mêmes, Carmen.

LE LIEUTENANT. Voyons, brigadier … Maintenant que nous avons un peu de silence … qu’est-ce que vous avez trouvé là-dedans? …

JOSÉ. J’ai d’abord trouvé trois cents femmes, criant, hurlant, gesticulant, faisant un tapage à ne pas entendre Dieu tonner … D’un côté il y en avait une, les quatre fers en l’air, qui criait: Confession! confession! … je suis morte … Elle avait sur la figure un X qu’on venait de lui marquer en deux coups de couteau … en face de la blessée j’ai vu …

Il s’arrête sur un regard de Carmen.

LE LIEUTENANT. Eh bien? …

JOSÉ. J’ai vu mademoiselle …

LE LIEUTENANT. Mademoiselle Carmencita?

JOSÉ. Oui, mon lieutenant …

LE LIEUTENANT. Et qu’est-ce qu’elle disait, mademoiselle Carmencita?

JOSÉ. Elle ne disait rien, mon lieutenant, elle serrait les dents et roulait des yeux comme un caméléon.

CARMEN. On m’avait provoquée … je n’ai fait que me défendre … Monsieur le brigadier vous le dira … A José. N’est-ce pas, monsieur le brigadier?

JOSÉ, APRÈS un moment d’hésitation. Tout ce que j’ai pu comprendre au milieu du bruit c’est qu’une discussion s’était élevée entre ces deux, dames, et qu’à la suite de cette discussion, mademoiselle, avec le couteau dont elle coupait le bout des cigares, avait commencé à dessiner des croix de saint André sur le visage de sa camarade … Le lieutenant regarde Carmen; celle-ci, après un regard à don José et un léger haussement d’épaules, est redevenue impassible. Le cas m’a paru clair. J’ai prié mademoiselle de me suivre … Elle a d’abord fait un mouvement comme pour résister … puis elle s’est résignée … et m’a suivi, douce comme un mouton!

LE LIEUTENANT. Et la blessure de l’autre femme?

JOSÉ. Très légère, mon lieutenant, deux balafres à fleur de peau.

LE LIEUTENANT, à Carmen. Eh bien! la belle, vous avez entendu le brigadier?.. A José. Je n’ai pas besoin de vous demander si vous avez dit la vérité.

JOSÉ. Foi de Navarrais, mon lieutenant!

Carmen se retourne brusquement et regarde encore une fois José.

LE LIEUTENANT, à Carmen. Eh bien! … vous avez entendu? … Avez-vous quelque chose à répondre? … parlez, j’attends … Carmen au lieu de répondre se met à fredonner.

CARMEN, chantant.

Coupe-moi, brûle-moi, je ne te dirai rien,

Je brave tout, le feu, le fer et le ciel même.

LE LIEUTENANT. Ce ne sont pas des chansons que je te demande, c’est une réponse.

CARMEN, chantant.

Mon secret je le garde et je le garde bien;

J’en aime un autre et meurs en disant que je l’aime.

LE LIEUTENANT. Ah! ah! nous le prenons sur ce ton-là … A José. Ce qui est sûr, n’est-ce pas, c’est qu’il y en des coups de couteau, et que c’est elle qui les a donnés …

En ce moment cinq ou six femmes à droite réussissent à forcer la ligne des factionnaires et se précipitent sur la scène en criant: Oui, oui, c’est elle! … Une de ces femmes se trouve près de Carmen. Celle-ci lève la main et veut se jeter sur la femme. Don José arrête Carmen. Les soldats écartent les femmes, et les repoussent cette fois tout à fait hors de la scène. Quelques sentinelles continuent à rester en vue gardant les abords de la place.

LE LIEUTENANT. Eh! eh! vous avez la main leste décidément. Aux soldats. Trouvez-moi une corde.

Moment de silence pendant lequel Carmen se remet à fredonner de la façon la plus impertinente en regardant l’officier.

UN SOLDAT, apportant une corde. Voilà, mon lieutenant.

LE LIEUTENANT, à don José. Prenez et attachez- moi ces deux jolies mains Carmen, sans faire la moindre résistance, tend en souriant ses deux mains à don José. C’est dommage vraiment, car elle est gentille … Mais si gentille que vous soyez, vous n’en irez pas moins faire un tour à la prison. Vous pourrez y chanter vos chansons de Bohémienne. Le porte-clefs vous dira ce qu’il en pense. Les mains de Carmen sont liées, on la fait asseoir sur un escabeau devant le corps de garde. Elle reste là immobile, les yeux à terre. Je vais écrire l’ordre. A don José. C’est vous qui la conduirez … Il sort.

Scène X

Carmen, don José.

Un petit moment de silence. – Carmen lève les yeux et regarde don José. Celui-ci se détourne, s’éloigne de quelques pas, puis revient à Carmen qui le regarde toujours.

CARMEN. Où me conduirez-vous? …

JOSÉ. A la prison, ma pauvre enfant …

CARMEN. Hélas! que deviendrai-je? Seigneur officier, ayez pitié de moi … Vous êtes si gentil … José ne répond pas, s’éloigne et revient, toujours sous le regard de Carmen. Cette corde, comme vous l’avez serrée, cette corde … J’ai les poignets brisés.

JOSÉ, s’approchant de Carmen. Si elle vous blesse, je puis la desserrer … Le lieutenant m’a dit de vous attacher les mains … il ne m’a pas dit …

Il desserre la corde.

CARMEN, bas. Laisse-moi m’échapper, je te donnerai un morceau de la bar lachi, une petite pierre qui te fera aimer de toutes les femmes.

JOSÉ, s’éloignant. Nous ne sommes pas ici pour dire des balivernes … Il faut aller à la prison. C’est la consigne, et il n’y a pas de remède.

Silence.

CARMEN. Tout à l’heure vous avez dit: foi de Navarrais … vous êtes des Provinces? …

JOSÉ. Je suis d’Elizondo …

CARMEN. Et moi d’Etchalar …

JOSÉ, s’arrêtant. D’Etchalar!… c’est à quatre heures d’Elizondo, Etchalar.

CARMEN. Oui, c’est là que je suis née … J’ai été emmenée par des Bohémiens à Séville. Je travaillais à la manufacture pour gagner de quoi retourner en Navarre, près de ma pauvre mère qui n’a que moi pour soutien … On m’a insultée parce que je ne suis pas de ce pays de filous, de marchands d’oranges pourries, et ces coquines se sont mises contre moi parce que je leur ai dit que tous leurs Jacques de Séville avec leurs couteaux ne feraient pas peur à un gars de chez nous avec son béret bleu et son maquila. Camarade, mon ami, ne ferez-vous rien pour une payse?

JOSÉ. Vous êtes Navarraise, vous? …

CARMEN. Sans doute.

JOSÉ. Allons donc … il n’y a pas un mot de vrai … vos yeux seuls, votre bouche, votre teint … Tout vous dit Bohémienne …

CARMEN. Bohémienne, tu crois?

JOSÉ. J’en suis sûr …

CARMEN. Au fait, je suis bien bonne de me donner la peine de mentir … Oui, je suis Bohémienne, mais tu n’en feras pas moins ce que je te demande … Tu le feras parce que tu m’aimes …

JOSÉ. Moi!

CARMEN. Eh! oui, tu m’aimes … ne me dis pas non, je m’y connais! tes regards, la façon dont tu me parles. Et cette fleur que tu as gardée. Oh! tu peux la jeter maintenant … cela n’y fera rien. Elle est restée assez de temps sur ton cœur; le charme a opéré …

JOSÉ, avec colère. Ne me parle plus, tu entends, je te défends de me parler …

CARMEN. C’est très bien, seigneur officier, c’est très bien. Vous me défendez de parler, je ne parlerai plus …

Elle regarde don José qui recule.

Finale.

CARMEN.

Près de la porte de Séville,

Chez mon ami Lillas Pastia,

J’irai danser la séguedille

Et boire du Manzanilla!

Oui, mais toute seule on s’ennuie,

Et les vrais plaisirs sont à deux …

Donc, pour me tenir compagnie,

J’emmènerai mon amoureux …

Mon amoureux! … il est au diable.

Je l’ai mis à la porte hier …

Mon pauvre cœur très consolable,

Mon cœur est libre comme l’air …

J’ai des galants à la douzaine,

Mais ils ne sont pas à mon gré;

Voici la fin de la semaine,

Qui veut m’aimer je l’aimerai.

Qui veut mon âme … elle est à prendre …

Vous arrivez au bon moment,

Je n’ai guère le temps d’attendre,

Car avec mon nouvel amant …

Près de la porte de Séville,

Chez mon ami Lillas Pastia,

J’irai danser la séguedille

Et boire du Manzanilla.

JOSÉ.

Tais-toi, je t’avais dit de ne pas me parler.

CARMEN.

Je ne te parle pas … je chante pour moi-même,

Et je pense … il n’est pas défendu de penser,

Je pense à certain officier,

A certain officier qui m’aime,

Et que l’un de ces jours je pourrais bien aimer …

JOSÉ.

Carmen!

CARMEN.

Mon officier n’est pas un capitaine,

Pas même un lieutenant, il n’est que brigadier

Mais c’est assez pour une Bohémienne,

Et je daigne m’en contenter!

JOSÉ, déliant la corde qui attache les mains de Carmen.

Carmen, je suis comme un homme ivre

Si je cède, si je me livre,

Ta promesse, tu la tiendras …

Si je t’aime, tu m’aimeras …

CARMEN, à peine chanté, murmuré.

Près de la porte de Séville,

Chez mon ami Lillas Pastia,

Nous danserons la séguedille

Et boirons du Manzanilla.

JOSÉ Parlé. Le lieutenant! … Prenez garde.

Carmen va se replacer sur son escabeau, les mains derrière le dos. – Rentre le lieutenant.

Scène XI

Les mêmes, le lieutenant, puis les ouvriers, les soldats, les bourgeois.

LE LIEUTENANT.

Voici l’ordre, partez et faites bonne garde …

CARMEN, bas à José.

Sur le pont je te pousserai

Aussi fort que je pourrai …

Laisse-toi renverser … le reste me regarde!

Elle se place entre les deux dragons. José à côté d’elle. Les femmes et les bourgeois pendant ce temps sont rentrés en scène toujours maintenus à distance par les dragons … Carmen traverse la scène de gauche à droite allant vers le pont.

L’amour est enfant de Bohême,

Il n’a jamais connu de loi;

Si tu ne m’aimes pas, je t’aime,

Si je t’aime, prends garde à toi.

En arrivant à l’entrée du pont à droite, Carmen pousse José qui se laisse renverser. Confusion, désordre, Carmen s’enfuit. Arrivée au milieu du pont, elle s’arrête un instant, jette sa corde à la volée par-dessus le parapet du pont, et se sauve

pendant que sur la scène, avec de grands éclats de rire, les cigarières entourent le lieutenant.

Acte deuxième

La taverne de Lillas Pastia. – Tables à droite et à gauche. Carmen, Mercédès, Frasquita, le lieutenant Zuniga, Moralès et un lieutenant. C’est la fin d’un dîner. La table est en désordre. Les officiers et les Bohémiennes fument des cigarettes. Deux Bohémiens raclent de la guitare dans un coin de la taverne et deux Bohémiennes, au milieu de la scène, dansent. – Carmen est assise, regardant danser les Bohémiens, le lieutenant lui parle bas, mais elle ne fait aucune attention à lui. Elle se lève tout à coup et se met à chanter.

Scène première

Carmen, le lieutenant, Moralès, officiers et bohémiennes.

CARMEN.

I

Les tringles des sistres tintaient

Avec un éclat métallique

Et sur cette étrange musique

Les zingarellas se levaient,

Tambours de basque allaient leur train,

Et les guitares forcenées

Grinçaient sous des mains obstinées,

Même chanson, même refrain,

La la la la la la.

Sur ce refrain, les Bohémiennes dansent. Mercédès et Frasquita reprennent avec Carmen le: La la la la la.

II

Les anneaux de cuivre et d’argent

Reluisaient sur les peaux bistrées;

D’orange ou de rouge zébrées

Les étoffes flottaient au vent;

La danse au chant se mariait

D’abord indécise et timide,

Plus vive ensuite et plus rapide,

Cela montait, montait, montait!

La la la la la la.

MERCÉDÈS ET FRASQUITA.

La la la la la la.

III

Les Bohémiens à tour de bras,

De leurs instruments faisaient rage,

Et cet éblouissant tapage,

Ensorcelait les zingaras!

Sous le rythme de la chanson,

Ardentes, folles, enfiévrées,

Elles se laissaient, enivrées,

Emporter par le tourbillon!

La la la la la la.

LES TROIS VOIX.

La la la la la la.

Mouvement de danse très rapide, très violent. Carmen elle-même danse et vient, avec les dernières notes de l’orchestre, tomber haletante sur un banc de la taverne. Après la danse, Lillas Pastia se met à tourner autour des officiers d’un air embarrassé.

LE LIEUTENANT. Vous avez quelque chose à nous dire, maître Lillas Pastia?

PASTIA. Mon Dieu, messieurs …

MORALÈS. Parle, voyons …

PASTIA. Il commence à se faire tard … et je suis, plus que personne, obligé d’observer les règlements. Monsieur le corrégidor étant assez mal disposé à mon égard … je ne sais pas pourquoi il est mal disposé …

LE LIEUTENANT. Je le sais très bien, moi. C’est parce que ton auberge est le rendez-vous ordinaire de tous les contrebandiers de la province.

PASTIA. Que ce soit pour cette raison ou pour une autre, je suis obligé de prendre garde … or, je vous le répète, il commence à se faire tard.

MORALÈS. Cela veut dire que tu nous mets à la porte! …

PASTIA. Oh! non, messieurs les officiers … oh! non … je vous fais seulement observer que mon auberge devrait être fermée depuis dix minutes …

LE LIEUTENANT. Dieu sait ce qu’il s’y passe dans ton auberge, une fois qu’elle est fermée …

PASTIA. Oh! mon lieutenant …

LE LIEUTENANT. Enfin, nous avons encore, avant l’appel, le temps d’aller passer une heure au théâtre … vous y viendrez avec nous, n’est-ce pas, les belles?

Pastia fait signe aux Bohémiennes de refuser.

FRASQUITA. Non, messieurs les officiers, non, nous restons ici, nous.

LE LIEUTENANT. Comment, vous ne viendrez pas …

MERCÉDÈS. C’est impossible.

MORALÈS. Mercédès! …

MERCÉDÈS. Je regrette …

MORALÈS. Frasquita! …

FRASQUITA. Je suis désolée …

LE LIEUTENANT. Mais toi, Carmen, je suis bien sûr que tu ne refuseras pas …

CARMEN. C’est ce qui vous trompe, mon lieutenant … … je refuse et encore plus nettement qu’elles deux, si c’est possible …

Pendant que le lieutenant parle à Carmen, Andrès et les deux autres lieutenants essayent de fléchir Frasquita et Mercédès.

LE LIEUTENANT. Tu m’en veux?

CARMEN. Pourquoi vous en voudrais-je?

LE LIEUTENANT. Parce qu’il y a un mois, j’ai eu la cruauté de t’envoyer à la prison …

CARMEN, comme si elle ne se rappelait pas. A la prison?

LE LIEUTENANT. J’étais de service, je ne pouvais pas faire autrement.

CARMEN, même jeu. A la prison … je ne me souviens pas d’être allée à la prison …

LE LIEUTENANT. Je sais pardieu bien que tu n’y es pas allée … le brigadier qui était chargé de te conduire ayant jugé à propos de te laisser échapper … et de se faire dégrader et emprisonner pour cela …

CARMEN, sérieuse. Dégrader et emprisonner? …

LE LIEUTENANT. Mon Dieu oui … on n’a pas voulu admettre qu’une aussi petite main ait été assez forte pour renverser un homme …

CARMEN. Oh!

LE LIEUTENANT. Cela n’a pas paru naturel …

CARMEN. Et ce pauvre garçon est redevenu simple soldat? …

LE LIEUTENANT. Oui … et il a passé un mois en prison …

CARMEN. Mais il en est sorti?

LE LIEUTENANT. Depuis hier seulement!

CARMEN, faisant claquer ses castagnettes. Tout est bien, puisqu’il en est sorti, tout est bien.

LE LIEUTENANT. A la bonne heure, tu te consoles vite …

CARMEN, à part. Et j’ai raison … Haut. Si vous m’en croyez, vous ferez comme moi, vous voulez nous emmener, nous ne voulons pas vous suivre … vous vous consolerez …

MORALÈS. Il faudra bien.

La scène est interrompue par un chœur chanté dans la coulisse.

CHŒUR.

Vivat! vivat le torero!

Vivat! vivat Escamillo!

Jamais homme intrépide

N’a, par un coup plus beau,

D’une main plus rapide,

Terrassé le taureau!

Vivat! vivat le torero!

Vivat! vivat Escamillo! …

LE LIEUTENANT. Qu’est-ce que c’est que ça?

MERCÉDÈS. Une promenade aux flambeaux …

MORALÈS. Et qui promène-t-on?

FRASQUITA. Je le reconnais … c’est Escamillo … un torero qui s’est fait remarquer aux dernières courses de Grenade et qui promet d’égaler la gloire de Montes et de Pepo Illo …

MORALÈS. Pardieu, il faut le faire venir … nous boirons en son honneur!

LE LIEUTENANT. C’est cela, je vais l’inviter. Il va à la fenêtre. Monsieur le torero … voulez-vous nous faire l’amitié de monter ici? vous y trouverez des gens qui aiment fort tous ceux qui, comme vous, ont de l’adresse et du courage … Quittant la fenêtre. Il vient …

PASTIA, suppliant. Messieurs les officiers, je vous avais dit …

LE LIEUTENANT. Ayez la bonté de nous laisser tranquilles, maître Lillas Pastia, et faites-nous apporter de quoi boire …

REPRISE DU CHŒUR.

Vivat! vivat le torero!

Vivat! vivat Escamillo!

Paraît Escamillo.

Scène II

Les mêmes, Escamillo.

LE LIEUTENANT. Ces dames et nous, vous remercions d’avoir accepté notre invitation; nous n’avons pas voulu vous laisser passer sans boire avec vous au grand art de la tauromachie.

ESCAMILLO.

Messieurs les officiers, je vous remercie.

I

Votre toast … je peux vous le rendre,

Senors, car avec les soldats

Les toreros peuvent s’entendre,

Pour plaisir ils ont les combats.

Le cirque est plein, c’est jour de fête,

Le cirque est plein du haut en bas.

Les spectateurs perdent la tête

S’interpellent à grands fracas;

Apostrophes, cris et tapage

Poussés jusques à la fureur,

Car c’est la fête du courage,

C’est la fête des gens de cœur.

Toreador, en garde,

Et songe en combattant

Qu’un œil noir te regarde.

Et que l’amour t’attend.

TOUT LE MONDE.

Toreador, en garde,

Etc.

Entre les deux couplets, Carmen remplit le verre d’Escamillo.

II

Tout d’un coup l’on a fait silence:

Plus de cris! que se passe-t-il?

C’est l’instant, le taureau s’élance

En bondissant hors du toril …

Il entre, il frappe, un cheval roule

En entraînant un picador.

Bravo, toro! … hurle la foule,

Le taureau va, vient, frappe encor …

En secouant ses banderilles …

Il court, le cirque est plein de sang;

On se sauve, on franchit les grilles;

Allons … c’est ton tour maintenant.

Toreador, en garde,

Et songe en combattant

Qu’un œil noir te regarde

Et que l’amour t’attend.

TOUT LE MONDE.

Toreador en garde,

Etc.

On boit, on échange des poignées de main avec le toréador.

PASTIA. Messieurs les officiers, je vous en prie.

LE LIEUTENANT. C’est bien, c’est bien, nous partons.

Les officiers commencent à se préparer à partir. – Escamillo se trouve près de Carmen.

ESCAMILLO. Dis-moi ton nom, et la première fois que je frapperai le taureau, ce sera ton nom que je prononcerai.

CARMEN. Je m’appelle la Carmencita!

ESCAMILLO. La Carmencita?

CARMEN. Carmen, la Carmencita, comme tu voudras.

ESCAMILLO. Eh bien! Carmen ou la Carmencita, si je m’avisais de t’aimer et d’être aimé de toi, qu’est- ce que tu me répondrais?

CARMEN. Je répondrais que tu peux m’aimer tout à ton aise mais que quant à être aimé de moi pour le moment, il n’y faut pas songer!

ESCAMILLO. Ah!

CARMEN. C’est comme ça.

ESCAMILLO. J’attendrai alors et je me contenterai d’espérer …

CARMEN. Il n’est pas défendu d’attendre et il est toujours agréable d’espérer.

MORALÈS, à Frasquita et à Mercédès. Vous ne venez pas décidément?

MERCÉDÈS ET FRASQUITA, sur un nouveau signe de Pastia. Mais non, mais non …

MORALÈS, au lieutenant. Mauvaise campagne, lieutenant.

LE LIEUTENANT. Bah! la bataille n’est pas encore perdue … Bas, à Carmen. Écoute-moi, Carmen, puisque tu ne veux pas venir avec nous, c’est moi qui dans une heure reviendrai ici …

CARMEN. Ici? …

LE LIEUTENANT. Oui, dans une heure … après l’appel.

CARMEN. Je ne vous conseille pas de revenir …

LE LIEUTENANT, riant. Je reviendrai tout de même. Haut. Nous partons avec vous, torero, et nous nous joindrons au cortège qui vous accompagne.

ESCAMILLO. C’est un grand honneur pour moi, je tâcherai de ne pas m’en montrer indigne lorsque je combattrai sous vos yeux.

REPRISE DE L’AIR.

Toreador, en garde,

Et songe en combattant,

Etc.

Tout le monde sort, excepté Carmen, Frasquita, Mercédès et Lillas Pastia.

Scène III

Carmen, Frasquita, Mercédès, Pastia.

FRASQUITA, à Pastia. Pourquoi étais-tu si pressé de les faire partir et pourquoi nous as-tu fait signe de ne pas les suivre?

PASTIA. Le Dancaïre et le Remendado viennent d’arriver … ils ont à vous parler de vos affaires, des affaires d’Égypte.

CARMEN. Le Dancaïre et le Remendado? …

PASTIA, ouvrant une porte et appelant du geste. Oui, les voici … tenez …

Entrent le Dancaïre et le Remendado. – Pastia ferme les portes, met les volets, etc., etc.

Scène IV

Carmen, Frasquita, Mercédès, le dancaire, le remendado.

FRASQUITA. Eh bien, les nouvelles?

LE DANCAIRE. Pas trop mauvaises, les nouvelles; nous arrivons de Gibraltar …

LE REMENDADO. Jolie ville, Gibraltar! … on y voit des Anglais, beaucoup d’Anglais, de jolis hommes les Anglais, un peu froids, mais distingués.

LE DANCAIRE. Remendado! …

LE REMENDADO. Patron.

LE DANCAIRE, mettant la main sur son couteau. Vous comprenez?

LE REMENDADO. Parfaitement, patron …

LE DANCAIRE. Taisez-vous, alors. Nous arrivons de Gibraltar, nous avons arrangé, avec un patron de navire, l’embarquement de marchandises anglaises. Nous irons les attendre près de la côte, nous en cacherons une partie dans la montagne et nous ferons passer le reste. Tous nos camarades ont été prévenus … ils sont ici, cachés, mais c’est de vous trois surtout que nous avons besoin … vous allez partir avec nous …

CARMEN, riant. Pourquoi faire? pour vous aider à porter des ballots? …

LE REMENDADO. Oh! non … faire porter des ballots à des dames … ça ne serait pas distingué.

LE DANCAIRE, menaçant. Remendado?

LE REMENDADO. Oui, patron.

LE DANCAIRE. Nous ne vous ferons pas porter de ballots, mais nous avons besoin de vous pour autre chose.

Quintette.

LE DANCAIRE.

Nous avons en tête une affaire.

MERCÉDÈS.

Est-elle bonne, dites-nous?

LE REMENDADO.

Elle est admirable, ma chère;

Mais nous avons besoin de vous.

LES TROIS FEMMES.

De nous?

LES DEUX HOMMES.

De vous.

Car nous l’avouons humblement,

Et très respectueusement,

En matière de tromperie,

De duperie,

De volerie,

Il est toujours bon, sur ma foi,

D’avoir les femmes avec soi.

Et sans elles,

Mes toutes belles,

On ne fait jamais rien

De bien.

LES TROIS FEMMES.

Quoi! sans nous jamais rien,

De bien?

LES DEUX HOMMES.

N’êtes-vous pas de cet avis?

LES TROIS FEMMES.

Si fait, je suis

De cet avis.

TOUS LES CINQ.

En matière de tromperie,

De duperie,

De volerie,

Il est toujours bon, sur ma foi,

D’avoir les femmes avec soi,

Et sans elles,

Les toutes belles,

On ne fait jamais rien

De bien.

LE DANCAIRE.

C’est dit alors, vous partirez.

MERCÉDÈS ET FRASQUITA.

Quand vous voudrez.

LE REMENDADO.

Mais tout de suite.

CARMEN.

Ah! permettez;

A Mercédès et à Frasquita.

S’il vous plaît de partir, partez,

Mais je ne suis pas du voyage;

Je ne pars pas … je ne pars pas.

LE DANCAIRE.

Carmen, mon amour, tu viendras,

Et tu n’auras pas le courage

De nous laisser dans l’embarras.

CARMEN.

Je ne pars pas, je ne pars pas.

LE REMENDADO.

Mais au moins la raison, Carmen, tu la diras?

CARMEN.

Je la dirai certainement;

La raison, c’est qu’en ce moment

Je suis amoureuse.

LES DEUX HOMMES, stupéfaits.

Qu’a-t-elle dit?

FRASQUITA.

Elle dit qu’elle est amoureuse.

LES DEUX HOMMES.

Amoureuse!

LES DEUX FEMMES.

Amoureuse!

LES DEUX HOMMES.

Voyons, Carmen, sois sérieuse.

CARMEN.

Amoureuse à perdre l’esprit.

LES DEUX HOMMES.

Certes, la chose nous étonne,

Mais ce n’est pas le premier jour

Où vous aurez su, ma mignonne.

Faire marcher de front le devoir et l’amour.

CARMEN.

Mes amis, je serais fort aise

De pouvoir vous suivre ce soir

Mais cette fois, ne vous déplaise,

Il faudra que l’amour passe avant le devoir.

LE DANCAIRE.

Ce n’est pas là ton dernier mot?

CARMEN.

Pardonnez-moi.

LE REMENDADO.

Carmen, il faut

Que tu te laisses attendrir.

TOUS LES QUATRE.

Il faut venir, Carmen, il faut venir.

Pour notre affaire,

C’est nécessaire,

Car entre nous.

LES DEUX FEMMES.

Car entre nous …

CARMEN.

Quant à cela, je l’admets avec vous.

REPRISE GÉNÉRALE.

En matière de tromperie,

De duperie,

De volerie,

Etc.

LE DANCAIRE. En voilà assez; je t’ai dit qu’il fallait venir, et tu viendras … je suis le chef …

CARMEN. Comment dis-tu ça?

LE DANCAIRE. Je te dis que je suis le chef …

CARMEN. Et tu crois que je t’obéirai? …

LE DANCAIRE, furieux. Carmen! …

CARMEN, très calme. Eh bien! …

LE REMENDADO, se jetant entre le Dancaïre et Carmen. Je vous en prie … des personnes si distinguées.

LE DANCAIRE, envoyant un coup de pied que le Remendado évite. Attrape ça, toi …

LE REMENDADO, se redressant. Patron …

LE DANCAIRE. Qu’est-ce que c’est?

LE REMENDADO. Rien, patron!

LE DANCAIRE. Amoureuse … ce n’est pas une raison, cela.

LE REMENDADO. Le fait est que ce n’en est pas une … moi aussi je suis amoureux et ça ne m’empêche pas de me rendre utile.

CARMEN. Partez sans moi … j’irai vous rejoindre demain, mais pour ce soir je reste …

FRASQUITA. Je ne t’ai jamais vue comme cela; qui attends-tu donc? …

CARMEN. Un pauvre diable de soldat qui m’a rendu service …

MERCÉDÈS. Ce soldat qui était en prison?

CARMEN. Oui.

FRASQUITA. Et à qui, il y a quinze jours, le geôlier a remis de ta part un pain dans lequel il y avait une pièce d’or et une lime? …

CARMEN, remontant vers la fenêtre. Oui.

LE DANCAIRE. Il s’en est servi de cette lime? …

CARMEN, remontant vers la fenêtre. Non.

LE DANCAIRE. Tu vois bien! ton soldat aura eu peur d’être puni plus rudement qu’il ne l’avait été; ce soir encore il aura peur … tu auras beau entrouvrir les volets et regarder s’il vient, je parierais qu’il ne viendra pas.

CARMEN. Ne parie pas, tu perdrais …

On entend dans le lointain la voix de don José.

DON JOSÉ, la voix très éloignée.

Halte là!

Qui va là?

Dragon d’Almanza!

Où t’en vas-tu par là,

Dragon d’Almanza?

Moi je m’en vais faire,

A mon adversaire,

Mordre la poussière.

S’il en est ainsi,

Passez mon ami,

Affaire d’honneur,

Affaire de cœur,

Pour nous tout est là,

Dragons d’Almanza.

La musique n’arrête pas. Carmen, le Dancaïre, le Remendado, Mercédès et Frasquita, par les volets entrouverts, regardent venir don José.

MERCÉDÈS. C’est un dragon, ma foi.

FRASQUITA. Et un beau dragon.

LE DANCAIRE, à Carmen. Eh bien, puisque tu ne veux venir que demain, sais-tu au moins ce que tu devrais faire?

CARMEN. Qu’est-ce que je devrais faire? …

LE DANCAIRE. Tu devrais décider ton dragon à venir avec toi et à se joindre à nous.

CARMEN. Ah! … si cela se pouvait! … mais il n’y faut pas penser, … ce sont des bêtises … il est trop niais.

LE DANCAIRE. Pourquoi l’aimes-tu puisque tu en conviens toi-même?

CARMEN. Parce qu’il est joli garçon donc et qu’il me plaît.

LE REMENDADO, avec fatuité. Le patron ne comprend pas ça, lui … qu’il suffise d’être joli garçon pour plaire aux femmes …

LE DANCAIRE. Attends un peu, toi, attends un peu …

Le Remendado se sauve et sort. Le Dancaïre le poursuit et sort à son tour entraînant Mercédès et Frasquita qui essaient de le calmer.

DON JOSÉ, la voix beaucoup plus rapprochée.

Halte-là!

Qui va là?

Dragon d’Almanza!

Où t’en vas-tu par là,

Dragon d’Almanza?

Exact et fidèle,

Je vais où m’appelle

L’amour de ma belle.

S’il en est ainsi,

Passez mon ami,

Affaire d’honneur,

Affaire de cœur,

Pour nous tout est là,

Dragons d’Almanza!

Entre don José.

Scène V

Don José, Carmen.

CARMEN. Enfin … te voilà … C’est bien heureux!

JOSÉ. Il y a deux heures seulement que je suis sorti de prison.

CARMEN. Qui t’empêchait de sortir plus tôt? Je t’avais envoyé une lime et une pièce d’or … avec la lime il fallait scier le plus gros barreau de ta prison … avec la pièce d’or il fallait, chez le premier fripier venu, changer ton uniforme pour un habit bourgeois.

JOSÉ. En effet, tout cela était possible.

CARMEN. Pourquoi ne l’as-tu pas fait?

JOSÉ. Que veux-tu? j’ai encore mon honneur de soldat, et déserter me semblerait un grand crime … Oh! je ne t’en suis pas moins reconnaissant … Tu m’as envoyé une lime et une pièce d’or … La lime me servira pour affiler ma lance et je la garde comme souvenir de toi. Lui tendant la pièce d’or. Quant à l’argent …

CARMEN. Tiens, il l’a gardé! … ça se trouve à merveille … Criant et frappant. Holà! … Lillas Pastia, holà! … nous mangerons tout … tu me régales … holà! holà! …

Entre Pastia.

PASTIA, l’empêchant de crier. Prenez donc garde …

CARMEN, lui jetant la pièce. Tiens, attrape … et apporte-nous des fruits confits; apporte-nous des bonbons, apporte-nous des oranges, apporte-nous du Manzanilla … apporte-nous de tout ce que tu as, de tout, de tout …

PASTIA. Tout de suite, mademoiselle Carmencita.

Il sort.

CARMEN, à José. Tu m’en veux alors et tu regrettes de t’être fait mettre en prison pour mes beaux yeux?

JOSÉ. Quant à cela non, par exemple.

CARMEN. Vraiment.

JOSÉ. L’on m’a mis en prison, l’on m’a ôté mon grade, mais ça m’est égal.

CARMEN. Parce que tu m’aimes?

JOSÉ. Oui, parce que je t’aime, parce que je t’adore.

CARMEN, mettant ses deux mains dans les mains de José. Je paie mes dettes … c’est notre loi à nous autres Bohémiennes … Je paie mes dettes … je paie mes dettes …

Rentre Lillas Pastia apportant sur un plateau des oranges, des bonbons, des fruits confits, du Manzanilla.

CARMEN. Mets tout cela ici … d’un seul coup, n’aie pas peur … Pastia obéit et la moitié des objets roule par terre. Ça ne fait rien, nous ramasserons tout cela nous-mêmes … sauve-toi maintenant, sauve-toi, sauve-toi. Pastia sort. Mets-toi là et mangeons de tout! de tout! de tout!

Elle est assise; don José s’assied en face d’elle.

JOSÉ. Tu croques les bonbons comme un enfant de six ans …

CARMEN. C’est que je les aime … Ton lieutenant était ici tout à l’heure, avec d’autres officiers, ils nous ont fait danser la Romalis …

JOSÉ. Tu as dansé?

CARMEN. Oui; et quand j’ai eu dansé, ton lieutenant s’est permis de me dire qu’il m’adorait …

JOSÉ. Carmen!

CARMEN. Qu’est-ce que tu as? … Est-ce que tu serais jaloux, par hasard? …

JOSÉ. Mais certainement, je suis jaloux …

CARMEN. Ah bien! … Canari, va! … tu es un vrai canari d’habit et de caractère … allons, ne te fâche pas … pourquoi es-tu jaloux? parce que j’ai dansé tout à l’heure pour ces officiers … Eh bien, si tu le veux, je danserai pour toi maintenant, pour toi seul.

JOSÉ. Si je le veux, je crois bien que je le veux …

CARMEN. Où sont mes castagnettes? … qu’est-ce que j’ai fait de mes castagnettes? En riant. C’est toi qui me les a prises, mes castagnettes?

JOSÉ. Mais non!

CARMEN, tendrement. Mais si, mais si … je suis sûre que c’est toi … ah bah! en voilà des castagnettes. Elle casse une assiette, avec deux morceaux de faïence, se fait des castagnettes et les essaie … Ah! ça ne vaudra jamais mes castagnettes … Où sont-elles donc?

JOSÉ, trouvant les castagnettes sur la table à droite. Tiens, les voici …

CARMEN, riant. Ah! tu vois bien … c’est toi qui les avais prises …

JOSÉ. Ah! que je t’aime, Carmen, que je t’aime!

CARMEN. Je l’espère bien.

Duo

CARMEN.

Je vais en ton honneur danser la Romalis,

Et tu verras, mon fils,

Comment je sais moi-même accompagner ma danse.

Mettez-vous là, don José, je commence.

Elle fait asseoir don José dans un coin du théâtre. Petite danse, Carmen, du bout des lèvres, fredonne un air qu’elle accompagne avec ses castagnettes. Don José la dévore des yeux. On entend au loin, très

loin, des clairons qui sonnent la retraite. Don José prête l’oreille. Il croit entendre les clairons, mais les castagnettes de Carmen claquent très bruyamment. Don José s’approche de Carmen, lui prend le bras, et l’oblige à s’arrêter.

JOSÉ.

Attends un peu, Carmen, rien qu’un moment, arrête.

CARMEN.

Et pourquoi, s’il te plaît?

JOSÉ.

Il me semble, là-bas …

Oui, ce sont nos clairons qui sonnent la retraite

Ne les entends-tu pas?

CARMEN.

Bravo! j’avais beau faire … Il est mélancolique

De danser sans orchestre. Et vive la musique

Qui nous tombe du ciel!

Elle reprend sa chanson qui se rythme sur la retraite sonnée au-dehors par les clairons. Carmen se remet à danser et don José se remet à regarder Carmen. La retraite approche … approche … approche … passe sous les fenêtres de l’auberge … puis s’éloigne … Le son des clairons va s’affaiblissant. Nouvel effort de don José pour s’arracher à cette contemplation de Carmen … Il lui

prend le bras et l’oblige encore à s’arrêter.

JOSÉ.

Tu ne m’as pas compris … Carmen, c’est la retraite …

Il faut que, moi, je rentre au quartier pour l’appel …

Le bruit de la retraite cesse tout à coup.

CARMEN, regardant don José qui remet sa giberne et rattache le ceinturon de son sabre.

Au quartier! pour l’appel! j’étais vraiment bien bête!

Je me mettais en quatre et je faisais des frais

Pour amuser monsieur, je chantais … je dansais …

Je crois, Dieu me pardonne,

Qu’un peu plus, je l’aimais …

Ta ra ta ta, c’est le clairon qui sonne!

Il part! il est parti!

Va-t’en donc, canari.

Avec fureur, lui envoyant son shako à la volée.

Prends ton shako, ton sabre, ta giberne.

Et va-t’en, mon garçon, retourne à ta caserne.

JOSÉ.

C’est mal à toi, Carmen, de te moquer de moi;

Je souffre de partir … car jamais, jamais femme,

Jamais femme avant toi

Aussi profondément n’avait troublé mon âme.

CARMEN.

Ta ra ta ta, mon Dieu …, c’est la retraite,

Je vais être en retard. Il court, il perd la tête,

Et voilà son amour.

JOSÉ.

Ainsi tu ne crois pas

A mon amour?

CARMEN.

Mais non!

JOSÉ.

Eh bien! tu m’entendras.

CARMEN.

Je ne veux rien entendre …

Tu vas te faire attendre.

JOSÉ, violemment.

Tu m’entendras, Carmen, tu m’entendras!

De la main gauche il a saisi brusquement le bras de Carmen; de la main droite, il va chercher sous sa veste d’uniforme la fleur de cassie que Carmen lui a jetée au premier acte. – Il montre cette fleur à Carmen.

JOSÉ.

I

La fleur que tu m’avais jetée,

Dans ma prison m’était restée

Flétrie et sèche, mais gardant

Son parfum terrible, enivrant.

Et pendant des heures entières,

Sur mes yeux fermant mes paupières,

Ce parfum, je le respirais

Et dans la nuit et je te voyais.

Car tu n’avais eu qu’à paraître

Qu’à jeter un regard sur moi

Pour t’emparer de tout mon être,

Et j’étais une chose à toi.

II

Je me prenais à te maudire,

A te détester, à me dire!:

Pourquoi faut-il que le destin

L’ait mise là, sur mon chemin?

Puis je m’accusais de blasphème

Et je ne sentais en moi-même

Qu’un seul désir, un seul espoir,

Te revoir, Carmen, te revoir! …

Car tu n’avais eu qu’à paraître,

Qu’à jeter un regard sur moi

Pour t’emparer de tout mon être,

Et j’étais une chose à toi.

CARMEN.

Non, tu ne m’aimes pas, non, car si tu m’aimais,

Là-bas, là-bas, tu me suivrais

JOSÉ.

Carmen!

CARMEN.

Là-bas, là-bas, dans la montagne,

Sur ton cheval tu me prendrais,

Et comme un brave, à travers la campagne,

En croupe, tu m’emporterais.

JOSÉ.

Carmen!

CARMEN.

Là-bas, là-bas, si tu m’aimais,

Là-bas, là-bas, tu me suivrais.

Point d’officier à qui tu doives obéir,

Et point de retraite qui sonne

Pour dire à l’amoureux qu’il est temps de partir.

JOSÉ.

Carmen!

CARMEN.

Le ciel ouvert, la vie errante

Pour pays l’univers, pour loi ta volonté,

Et surtout la chose enivrante,

La liberté! la liberté!

Là-bas, là-bas, si tu m’aimais,

Là-bas, là-bas, tu me suivrais.

JOSÉ, presque vaincu.

Carmen!

CARMEN.

Oui, n’est-ce pas,

Là-bas, là-bas, tu me suivrais,

Tu m’aimes et tu me suivras.

JOSÉ, s’arrachant brusquement des bras de Carmen.

Non, je ne veux plus t’écouter …

Quitter mon drapeau … déserter …

C’est la honte, c’est l’infamie,

Je n’en veux pas!

CARMEN.

Eh bien, pars!

JOSÉ.

Carmen, je t’en prie …

CARMEN.

Je ne t’aime plus, je te hais!

JOSÉ.

Carmen!

CARMEN.

Adieu! mais adieu pour jamais.

JOSÉ.

Eh bien, soit! … adieu pour jamais.

Il va en courant jusqu’à la porte … Au moment où il y arrive, on frappe … Don José s’arrête. Silence. On frappe encore.

Scène VI

Les mêmes, le lieutenant.

LE LIEUTENANT, au-dehors.

Holà! Carmen! holà! holà!

JOSÉ.

Qui frappe? qui vient là?

CARMEN.

Tais-toi …

LE LIEUTENANT, faisant sauter la porte.

J’ouvre moi-même et j’entre.

Il entre et voit don José. – A Carmen.

Ah! fi, la belle.

Le choix n’est pas heureux; c’est se mésallier

De prendre le soldat quand on a l’officier.

A don José.

Allons! décampe.

JOSÉ.

Non.

LE LIEUTENANT.

Si fait, tu partiras.

JOSÉ.

Je ne partirai pas.

LE LIEUTENANT, le frappant.

Drôle!

JOSÉ, sautant sur son sabre.

Tonnerre! il va pleuvoir des coups.

Le lieutenant dégaine à moitié.

CARMEN, se jetant entre eux deux.

Au diable le jaloux!

Appelant.

A moi! à moi!

Le Dancaïre, le Remendado et les Bohémiens paraissent de tous les côtés. Carmen d’un geste montre le lieutenant aux Bohémiens; le Dancaïre et le Remendado se jettent sur lui, le désarment.

Mon officier, l’amour

Vous joue en ce moment un assez vilain tour,

Vous arrivez fort mal et nous sommes forcés,

Ne voulant être dénoncés,

De vous garder au moins pendant une heure.

LE DANCAIRE ET LE REMENDADO.

Nous allons, cher monsieur, quitter cette demeure,

Vous viendrez avec nous …

CARMEN.

C’est une promenade;

Consentez-vous?

LE DANCAIRE ET LE REMENDADO, le pistolet à la main.

Répondez, camarade,

Consentez-vous?

LE LIEUTENANT.

Certainement,

D’autant plus que votre argument

Est un de ceux auxquels on ne résiste guère

Mais gare à vous plus tard.

LE DANCAIRE, avec philosophie.

La guerre, c’est la guerre.

En attendant, mon officier,

Passez devant sans vous faire prier.

CHŒUR.

Passez devant sans vour faire prier.

L’officier sort, emmené par quatre Bohémiens, le pistolet à la main.

CARMEN, à don José.

Es-tu des nôtres maintenant?

JOSÉ.

Il le faut bien.

CARMEN.

Le mot n’est pas galant.

Mais qu’importé, tu t’y feras

Quand tu verras

Comme c’est beau la vie errante,

Pour pays l’univers, pour loi ta volonté,

Et surtout la chose enivrante,

La liberté! la liberté!

TOUS.

Le ciel ouvert! la vie errante,

Pour pays l’univers, pour loi sa volonté,

Et surtout la chose enivrante,

La liberté! la liberté!

Acte troisième

Le rideau se lève sur des rochers … site pittoresque et sauvage … Solitude complète et nuit noire. Prélude musical. – Au bout de quelques instants, un contrebandier paraît au haut des rochers, puis un autre, puis deux autres, puis vingt autres çà et là, descendant et escaladant des rochers. Des hommes portent de gros ballots sur les épaules.

Scène première

Carmen, don José, le dancaire, le remendado, Frasquita, Mercédès, contrebandiers.

CHŒUR.

Écoute, compagnon, écoute,

La fortune est là-bas, là-bas,

Mais prends garde pendant la route,

Prends garde de faire un faux pas.

LE DANCAIRE, JOSÉ, CARMEN, MERCÉDÈS ET FRASQUITA.

Notre métier est bon, mais pour le faire il faut

Avoir une âme forte,

Le péril est en bas, le péril est en haut,

Il est partout, qu’importe?

Nous allons devant nous, sans souci du torrent,

Sans souci de l’orage.

Sans souci du soldat qui là-bas nous attend,

Et nous guette au passage.

Écoute, compagnon, écoute,

La fortune est là-bas, là-bas …

Mais prends garde pendant la route,

Prends garde de faire un faux pas.

LE DANCAIRE. Halte! nous allons nous arrêter ici … ceux qui ont sommeil pourront dormir pendant une demi-heure …

LE REMENDADO, s’étendant avec volupté. Ah!

LE DANCAIRE. Je vais, moi, voir s’il y a moyen de faire entrer les marchandises dans la ville … une brèche s’est faite dans le mur d’enceinte et nous pourrions passer par là; malheureusement on a mis un factionnaire pour garder cette brèche.

JOSÉ. Lillas Pastia nous a jait savoir que, cette nuit, ce factionnaire serait un homme à nous …

LE DANCAIRE. Oui, mais Lillas Pastia a pu se tromper … le factionnaire qu’il veut dire a pu être changé … Avant d’aller plus loin je ne trouve pas mauvais de m’assurer moi-même … Appelant. Remendado! …

LE REMENDADO, se réveillant. Hé?

LE DANCAIRE. Debout, tu vas venir avec moi …

LE REMENDADO. Mais, patron …

LE DANCAIRE. Qu’est-ce que c’est? …

LE REMENDADO, se levant. Voilà, patron, voilà! …

LE DANCAIRE. Allons, passe devant.

LE REMENDADO. Et moi qui rêvais que j’allais pouvoir dormir … C’était un rêve, hélas! c’était un rêve! …

Il sort suivi du Dancaïre.

Scène II

Les mêmes, moins le dancaire et le remendado.

Pendant la scène entre Carmen et José, quelques Bohémiens allument un feu près duquel Mercédès et Frasquita viennent s’asseoir, les autres se roulent dans leurs manteaux, se couchent et s’endorment.

JOSÉ. Voyons, Carmen … si je t’ai parlé trop durement, je t’en demande pardon, faisons la paix.

CARMEN. Non.

JOSÉ. Tu ne m’aimes plus, alors?

CARMEN. Ce qui est sûr, c’est que je t’aime beaucoup moins qu’autrefois … et que si tu continues à t’y prendre de cette façon-là, je finirai par ne plus t’aimer du tout … Je ne veux pas être tourmentée ni surtout commandée. Ce que je veux, c’est être libre et faire ce qu’il me plaît.

JOSÉ. Tu es le diable, Carmen?

CARMEN. Oui, qu’est-ce que tu regardes là, à quoi penses-tu?

JOSÉ. Je me dis que là-bas … à sept ou huit lieues d’ici tout au plus, il y a un village, et dans ce village une bonne vieille femme qui croit que je suis encore un honnête homme …

CARMEN. Une bonne vieille femme?

JOSÉ. Oui; ma mère.

CARMEN. Ta mère. Eh bien là, vrai, tu ne ferais pas mal d’aller la retrouver, car décidément tu n’es pas fait pour vivre avec nous … chien et loup ne font pas longtemps bon ménage …

JOSÉ. Carmen …

CARMEN. Sans compter que le métier n’est pas sans péril pour ceux qui, comme toi, refusent de se cacher quand ils entendent des coups de fusil … plusieurs des nôtres y ont laissé leur peau, ton tour viendra.

JOSÉ. Et le tien aussi … si tu me parles encore de nous séparer et si tu ne te conduis pas avec moi comme je veux que tu te conduises …

CARMEN. Tu me tuerais, peut-être? … José ne répond pas. A la bonne heure … j’ai vu plusieurs fois dans les cartes que nous devions finir ensemble. Faisant claquer ses castagnettes. Bah! arrive qui plante …

JOSÉ. Tu es le diable, Carmen? …

CARMEN. Mais oui, je te l’ai déjà dit …

Elle tourne le dos à José et va s’asseoir près de Mercédès et de Frasquita. – Après un instant d’indécision, José s’éloigne à son tour et va s’étendre sur les rochers. – Pendant les dernières répliques de la scène, Mercédès et Frasquita ont étalé des cartes devant elles.

Trio.

FRASQUITA.

Mêlons!

MERCÉDÈS.

Coupons!

FRASQUITA.

C’est bien cela.

MERCÉDÈS.

Trois cartes ici …

FRASQUITA.

Quatre là.

MERCÉDÈS ET FRASQUITA.

Et maintenant, parlez, mes belles

De l’avenir donnez-nous des nouvelles;

Dites-nous qui nous trahira,

Dites-nous qui nous aimera.

FRASQUITA.

Moi, je vois un jeune amoureux

Qui m’aime on ne peut davantage.

MERCÉDÈS.

Le mien est très riche et très vieux

Mais il parle de mariage.

FRASQUITA.

Il me campe sur son cheval,

Et dans la montagne il m’entraîne.

MERCÉDÈS.

Dans un château presque royal,

Le mien m’installe en souveraine.

FRASQUITA.

De l’amour à n’en plus finir,

Tous les jours nouvelles folies.

MERCÉDÈS.

De l’or tant que j’en puis tenir,

Des diamants … des pierreries.

FRASQUITA.

Le mien devient un chef fameux,

Cent hommes marchent à sa suite.

MERCÉDÈS.

Le mien, en croirai-je mes yeux …

Il meurt, je suis veuve et j’hérite.

Reprise de l’ensemble

Parlez encor, parlez, mes belles,

De l’avenir donnez-nous des nouvelles;

Dites-nous qui nous trahira,

Dites-nous qui nous aimera.

Elles recommencent à consulter les cartes.

FRASQUITA.

Fortune!

MERCÉDÈS.

Amour!

Carmen, depuis le commencement de la scène, suivait du regard le jeu de Mercédès et de Frasquita.

CARMEN.

Donnez, que j’essaie à mon tour.

Elle se met à tourner les cartes. – Musique de scène.

Carreau, pique … la mort!

J’ai bien lu … moi d’abord.

Montrant don José endormi.

Ensuite lui … pour tous les deux la mort!

A voix basse, tout en continuant à mêler les cartes.

En vain pour éviter les réponses amères,

En vain tu mêleras,

Cela ne sert à rien, les cartes sont sincères

Et ne mentiront pas.

Dans le livre d’en haut, si ta page est heureuse,

Mêle et coupe sans peur,

La carte sous les doigts se tournera joyeuse

T’annonçant le bonheur.

Mais si tu dois mourir, si le mot redoutable

Est écrit par le sort,

Recommence vingt fois … la carte impitoyable

Dira toujours: la mort!

Se remettant.

Bah! qu’importe après tout, qu’importe? …

Carmen bravera tout, Carmen est la plus forte!

FRASQUITA, MERCÉDÈS ET CARMEN.

Parlez encor, parlez, mes belles,

De l’avenir donnez-nous des nouvelles,

Dites-nous qui nous trahira,

Dites-nous qui nous aimera.

Rentrent le Dancaïre et le Remendado.

Scène III

Carmen, don José, Frasquita, Mercédès, le dancaire, le remendado.

CARMEN. Eh bien? …

LE DANCAIRE. Eh bien, j’avais raison de ne pas me fier aux renseignements de Lillas Pastia; nous n’avons pas trouvé son factionnaire, mais en revanche nous avons aperçu trois douaniers qui gardaient la brèche et qui la gardaient bien, je vous assure …

CARMEN. Savez-vous leurs noms à ces douaniers?

LE REMENDADO. Certainement nous savons leurs noms; qui est-ce qui connaîtrait les douaniers si nous ne les connaissions pas? Il y avait Eusebio, Perez et Bartolomé.

FRASQUITA. Euseibo …

MERCÉDÈS. Perez …

CARMEN. Et Bartolomé … En riant. N’ayez pas peur, Dancaïre, nous vous en répondons de vos trois douaniers …

JOSÉ, furieux. Carmen!…

LE DANCAIRE. Ah! toi tu vas nous laisser tranquilles avec ta jalousie … le jour vient et nous n’avons pas de temps à perdre … En route, les enfants … On commence à prendre les ballots. Quant à toi S’adressant à José. je te confie la garde des marchandises que nous n’emporterons pas … Tu vas te placer là, sur cette hauteur … tu y seras à merveille pour voir si nous sommes suivis …; dans le cas où tu apercevrais quelqu’un, je t’autorise à passer ta colère sur l’indiscret. – Nous y sommes? …

LE REMENDADO. Oui, patron.

LE DANCAIRE. En route alors … Aux femmes. Mais vous ne vous flattez pas, vous me répondez vraiment de ces trois douaniers?

CARMEN. N’ayez pas peur, Dancaïre.

Morceau d’ensemble.

CARMEN.

Quant au douanier c’est notre affaire;

Tout comme un autre il aime à plaire,

Il aime à faire le galant,

Laissez-nous passer en avant.

CARMEN, MERCÉDÈS ET FRASQUITA.

Quant au douanier c’est notre affaire

Laissez-nous passer en avant.

MERCÉDÈS.

Et le douanier sera clément.

FRASQUITA.

Et le douanier sera charmant.

CARMEN.

Il sera même entreprenant! …

Ensemble.

TOUTES LES FEMMES.

Quant au douanier c’est notre affaire,

Tout comme un autre il aime à plaire,

Il aime à faire le galant.

Laissez-nous passer en avant.

TOUS LES HOMMES.

Quant au douanier c’est leur affaire,

Tout comme un autre il aime à plaire,

Il aime à faire le galant,

Laissons-les passer en avant.

FRASQUITA.

Il ne s’agit plus de bataille,

Non, il s’agit tout simplement

De se laisser prendre la taille

Et d’écouter un compliment.

CARMEN, MERCÉDÈS ET FRASQUITA.

Quant au douanier, c’est notre affaire,

Etc., etc.

Reprise de l’ensemble.

MERCÉDÈS.

S’il faut aller jusqu’au sourire,

Que voulez-vous? on sourira,

Et d’avance, je puis le dire,

La contrebande passera.

CARMEN, MERCÉDÈS ET FRASQUITA.

Quant au douanier, c’est notre affaire,

Etc., etc.

Reprise de l’ensemble.

Tout le monde sort. – José ferme la marche et sort en examinant l’amorce de sa carabine; – un peu avant qu’il soit sorti, on voit un homme passer sa tête au-dessus du rocher. C’est un guide.

Scène IV

Le guide, puis Micaela.

LE GUIDE; il s’avance avec précaution, puis fait un signe à Micaëla que l’on ne voit pas encore. Nous y sommes.

MICAELA, entrant. C’est ici.

LE GUIDE. Oui, vilain endroit, n’est-ce pas, et pas rassurant du tout?

MICAELA. Je ne vois personne.

LE GUIDE. Ils viennent de partir, mais ils reviendront bientôt, car ils n’ont pas emporté toutes leurs marchandises … je connais leurs habitudes … prenez garde … l’un des leurs doit être en sentinelle quelque part et si l’on nous apercevait …

MICAELA. Je l’espère bien qu’on m’apercevra … puisque je suis venue ici tout justement pour parler à … pour parler à un de ces contrebandiers …

LE GUIDE. Eh bien là, vrai, vous pouvez vous vanter d’avoir du courage … tout à l’heure quand nous nous sommes trouvés au milieu de ce troupeau de taureaux sauvages que conduisait le célèbre Escamillo, vous n’avez pas tremblé … Et maintenant venir ainsi affronter ces Bohémiens …

MICAELA. Je ne suis pas facile à effrayer.

LE GUIDE. Vous dites cela parce que je suis près de vous, mais si vous étiez toute seule …

MICAELA. Je n’aurais pas peur, je vous assure.

LE GUIDE. Bien vrai? …

MICAELA. Bien vrai …

LE GUIDE, naïvement. Alors je vous demanderai la permission de m’en aller. – J’ai consenti à vous servir de guide parce que vous m’avez bien payé; mais maintenant que vous êtes arrivée … si ça ne vous fait rien, j’irai vous attendre là, où vous m’avez pris … à l’auberge qui est au bas de la montagne.

MICAELA. C’est cela, allez m’attendre!

LE GUIDE. Vous restez décidément?

MICAELA. Oui, je reste!

LE GUIDE. Que tous les saints du paradis vous soient en aide alors, mais c’est une drôle d’idée que vous avez là …

Scène V

MICAELA, regardant autour d’elle. Mon guide avait raison … l’endroit n’est pas bien rassurant.

I

Je dis que rien ne m’épouvante,

Je dis que je réponds de moi,

Mais j’ai beau faire la vaillante,

Au fond du cœur, je meurs d’effroi …

Toute seule, en ce lieu sauvage

J’ai peur, mais j’ai tort d’avoir peur,

Vous me donnerez du courage,

Vous me protégerez, Seigneur …

Protégez-moi, protégez-moi, Seigneur.

II

Je vais voir de près cette femme

Dont les artifices maudits

Ont fini par faire un infâme

De celui que j’aimais jadis;

Elle est dangereuse, elle est belle,

Mais je ne veux pas avoir peur,

Je parlerai haut devant elle,

Vous me protégerez, Seigneur …

Protégez-moi, protégez-moi, Seigneur.

Mais … je ne me trompe pas … à cent pas d’ici … sur ce rocher, c’est don José Appelant. José, José! Avec terreur. Mais que fait-il? … Il ne regarde pas de mon côté … il arme sa carabine, il ajuste … il fait feu … On entend un coup de feu. Ah! mon Dieu, j’ai trop présumé de mon courage … j’ai peur … j’ai peur.

Elle disparaît derrière les rochers. – Au même moment entre Escamillo tenant son chapeau à la main.

Scène VI

Escamillo, puis don José.

ESCAMILLO, regardant son chapeau. Quelques lignes plus bas … et ce n’est pas moi qui, à la course prochaine, aurais eu le plaisir de combattre les taureaux que je suis en train de conduire …

Entre José.

JOSÉ, son manteau à la main.

Qui êtes-vous? répondez.

ESCAMILLO, très calme.

Eh là … doucement!

Duo.

LE TORERO.

Je suis Escamillo, toréro de Grenade.

JOSÉ.

Escamillo!

LE TORERO.

C’est moi.

JOSÉ, remettant son couteau à sa ceinture.

Je connais votre nom,

Soyez le bienvenu; mais vraiment, camarade,

Vous pouviez y rester.

LE TORERO.

Je ne vous dis pas non

Mais je suis amoureux, mon cher, à la folie,

Et celui-là serait un pauvre compagnon

Qui, pour voir ses amours, ne risquerait sa vie.

JOSÉ.

Celle que vous aimez est ici?

LE TORERO.

Justement.

C’est une zingara, mon cher.

JOSÉ.

Elle s’appelle?

LE TORERO.

Carmen.

JOSÉ.

Carmen!

LE TORERO.

Elle avait pour amant

Un soldat qui jadis a déserté pour elle.

JOSÉ.

Carmen!

LE TORERO.

Ils s’adoraient, mais c’est fini, je crois.

Les amours de Carmen ne durent pas six mois.

JOSÉ.

Vous l’aimez cependant …

LE TORERO.

Je l’aime.

JOSÉ.

Mais pour nous enlever nos filles de Bohême,

Savez-vous bien qu’il faut payer?

LE TORERO.

Soit, on paiera.

JOSÉ.

Et que le prix se paie à coups de navaja,

Comprenez-vous?

LE TORERO.

Le discours est très net.

Ce déserteur, ce beau soldat qu’elle aime

Ou du moins qu’elle aimait, c’est donc vous?

JOSÉ.

C’est moi-même.

LE TORERO.

J’en suis ravi, mon cher, et le tour est complet.

Tous les deux, la navaja à la main, se drapent dans leurs manteaux.

Ensemble.

JOSÉ.

Enfin ma colère

Trouve à qui parler.

Le sang, je l’espère,

Va bientôt couler

LE TORERO.

Quelle maladresse!

J’en rirais vraiment!

Chercher la maîtresse

Et trouver l’amant.

Mettez-vous en garde

Et veillez sur vous,

Tant pis pour qui tarde

A parer les coups.

Ils se mettent en garde à une certaine distance.

LE TORERO.

Je la connais, ta garde navarraise,

Et je te préviens en ami,

Qu’elle ne vaut rien …

Sans répondre, don José marche sur le torero.

A ton aise.

Je t’aurai du moins averti.

Combat. – Musique de scène. Le torero très calme cherche seulement à se défendre.

JOSÉ.

Tu m’épargnes, maudit.

LE TORERO.

A ce jeu de couteau

Je suis trop fort pour toi.

JOSÉ.

Voyons cela.

Rapide et très vif engagement corps à corps. José se trouve à la merci du torero qui ne le frappe pas.

LE TORERO.

Tout beau,

Ta vie est à moi, mais en somme

J’ai pour métier de frapper le taureau,

Non de trouer le cœur de l’homme.

JOSÉ.

Frappe ou bien meurs … Ceci n’est pas un jeu.

LE TORERO, se dégageant.

Soit, mais au moins respire un peu.

Reprise de l’ensemble.

JOSÉ.

Enfin ma colère

Etc.

LE TORERO.

Quelle maladresse!

Etc.

Après le dernier ensemble, reprise du combat. Le torero glisse et tombe. – Entrent Carmen et le Dancaïre; Carmen arrête le bras de don José. – Le torero se relève; le Remendado, Mercédès, Frasquita et les contrebandiers rentrent pendant ce temps.

CARMEN.

Holà, José! …

LE TORERO, se relevant.

Vrai, j’ai l’âme ravie

Que ce soit vous, Carmen, qui me sauviez la vie.

CARMEN.

Escamillo!

LE TORERO, à don José.

Quant à toi, beau soldat,

Nous sommes manche à manche et nous jouerons la belle

Le jour où tu voudras reprendre le combat.

LE DANCAIRE.

C’est bon, plus de querelle,

Nous, nous allons partir.

Au torero.

Et toi, l’ami, bonsoir.

LE TORERO.

Souffrez au moins qu’avant de vous dire au revoir,

Je vous invite tous aux Courses de Séville.

Je compte pour ma part y briller de mon mieux,

Et qui m’aime y viendra.

A don José qui fait un geste de menace.

L’ami, tiens-toi tranquille,

J’ai tout dit et n’ai plus qu’à faire mes adieux …

Jeu de scène. Don José veut s’élancer sur le torero. Le Dancaïre et le Remendado le retiennent. Le torero sort très lentement.

JOSÉ, à Carmen.

Prends garde à toi, Carmen … je suis las de souffrir …

Carmen lui répond par un léger haussement d’épaules et s’éloigne de lui.

LE DANCAIRE.

En route … en route … il faut partir …

TOUS.

En route … en route … il faut partir …

LE REMENDADO.

Halte! … quelqu’un est là qui cherche à se cacher.

Il amène Micaëla.

CARMEN.

Une femme!

LE DANCAIRE.

Pardieu, la surprise est heureuse.

JOSÉ, reconnaissant Micaëla.

Micaëla! …

MICAELA.

Don José! …

JOSÉ.

Malheureuse!

Que viens-tu faire ici?

MICAELA.

Moi, je viens te chercher …

Là-bas est la chaumière

Où, sans cesse priant,

Une mère, ta mère,

Pleure son enfant …

Elle pleure et t’appelle,

Elle te tend les bras;

Tu prendras pitié d’elle,

José, tu me suivras.

CARMEN.

Va-t’en! va-t’en! Tu feras bien,

Notre métier ne te vaut rien.

JOSÉ, à Carmen.

Tu me dis de la suivre?

CARMEN.

Oui, tu devrais partir.

JOSÉ.

Pour que toi tu puisses courir

Après ton nouvel amant.

Non, vraiment,

Dût-il m’en coûter la vie,

Non, je ne partirai pas,

Et la chaîne qui nous lie

Nous liera jusqu’au trépas …

Tu ne m’aimes plus, qu’importe,

Puisque je t’aime encor, moi.

Cette main est assez forte

Pour me répondre de toi,

Je te tiens, fille damnée,

Et je te forcerai bien

A subir la destinée

Qui rive ton sort au mien.

Dût-il m’en coûter la vie,

Non, je ne partirai pas,

Et la chaîne qui nous lie

Nous liera jusqu’au trépas.

MICAELA.

Écoute-moi, je t’en prie,

Ta mère te tend les bras,

Cette chaîne qui te lie,

José, tu la briseras.

CHŒUR.

Il t’en coûtera la vie,

José, si tu ne pars pas,

Et la chaîne qui vous lie

Se rompra par ton trépas.

CARMEN.

C’était écrit! cela doit être:

Moi d’abord … et puis lui … Le destin est le maître.

MICAELA.

Don José!

JOSÉ.

Laissez-moi, car je suis condamné!

MICAELA.

Une parole encor! … ce sera la dernière.

Ta mère se meurt et ta mère

Ne voudrait pas mourir sans t’avoir pardonné.

JOSÉ.

Ma mère… elle se meurt …

MICAELA.

Oui, don José.

JOSÉ.

Partons …

A Carmen.

Sois contente, je pars, mais nous nous reverrons.

Il entraîne Micaëla. – On entend le torero.

LE TORERO, au loin.

Toreador, en garde,

Et songe en combattant

Qu’un œil noir te regarde

Et que l’amour t’attend.

José s’arrête au fond … dans les rochers … Il hésite, puis après un instant.

JOSÉ.

Partons, Micaëla, partons.

Carmen écoute et se penche sur les rochers. – Les Bohémiens ont pris leurs ballots et se mettent en marche.

Acte quatrième

Une place à Séville. – Au fond du théâtre les murailles de vieilles arènes … L’entrée du cirque est fermée par un long vélum. – C’est le jour d’un combat de taureaux. Grand mouvement sur la place. – Marchands d’eau, d’oranges, d’éventails, etc., etc.

Scène première

Le lieutenant, Andrès, Frasquita, Mercédès, etc., puis Carmen et Escamillo.

CHŒUR.

A deux cuartos,

A deux cuartos,

Des éventails pour s’éventer,

Des oranges pour grignoter,

A deux cuartos,

A deux cuartos,

Señoras et caballeros …

Pendant ce premier chœur sont entrés les deux officiers du deuxième acte, ayant au bras les deux Bohémiennes Mercédès et Frasquita.

PREMIER OFFICIER.

Des oranges, vite.

PLUSIEURS MARCHANDS, se précipitant.

En voici.

Prenez, prenez, mesdemoiselles.

UN MARCHAND, à l’ officier qui paie.

Merci mon officier, merci.

LES AUTRES MARCHANDS.

Celles-ci, señor, sont plus belles …

TOUS LES MARCHANDS.

A deux cuartos,

A deux cuartos,

Señoras et caballeros.

MARCHAND DE PROGRAMME.

Le programme avec les détails.

AUTRES MARCHANDS.

Du vin …

AUTRES MARCHANDS.

De l’eau.

AUTRES MARCHANDS.

Des cigarettes.

DEUXIÈME OFFICIER.

Holà! marchand, des éventails.

UN BOHÉMIEN, se précipitant.

Voulez-vous aussi des lorgnettes?

REPRISE DU CŒUR.

A deux cuartos,

A deux cuartos,

Des éventails pour s’éventer,

Des oranges pour grignoter,

A deux cuartos,

A deux cuartos,

Señoras et caballeros.

LE LIEUTENANT. Qu’avez-vous donc fait de la Carmencita? je ne la vois pas.

FRASQUITA. Nous la verrons tout à l’heure … Escamillo est ici, la Carmencita ne doit pas être loin.

ANDRÈS. Ah! c’est Escamillo, maintenant?

MERCÉDÈS. Elle en est folle …

FRASQUITA. Et son ancien amoureux José, sait-on ce qu’il est devenu? …

LE LIEUTENANT. Il a reparu dans le village où sa mère habitait … l’ordre avait même été donné de l’arrêter, mais quand les soldats sont arrivés, José n’était plus là …

MERCÉDÈS. En sorte qu’il est libre?

LE LIEUTENANT. Oui, pour le moment.

FRASQUITA. Hum! je ne serais pas tranquille à la place de Carmen, je ne serais pas tranquille du tout.

On entend de grands cris au dehors … des fanfares, etc., etc. C’est l’arrivée de la Cuadrilla.

CHŒUR.

Les voici, voici la quadrille,

La quadrille des toreros,

Sur les lances de soleil brille,

En l’air toques et sombreros!

Les voici, voici la quadrille,

La quadrille des toreros.

Défilé de la Cuadrilla. Pendant ce défilé, le chœur chante le morceau suivant.

Entrée des alguazils.

Voici, débouchant sur la place,

Voici d’abord, marchant au pas,

L’alguazil à vilaine face,

A bas! à bas! à bas! à bas!

Entrée des chulos et des banderilleros.

Et puis saluons au passage,

Saluons les hardis chulos,

Bravo! vivat! gloire au courage!

Voyez les banderilleros!

Voyez quel air de crânerie,

Quels regards et de quel éclat

Étincelle la broderie

De leur costume de combat.

Entrée des picadors.

Une autre quadrille s’avance,

Les picadors comme ils sont beaux!

Comme ils vont du fer et de leur lance

Harceler le flanc des taureaux.

Paraît enfin Escamillo, ayant près de lui Carmen radieuse et dans un costume éclatant.

Puis l’espadon, la fine lame,

Celui qui vient terminer tout,

Qui paraît à la fin du drame

Et qui frappe le dernier coup.

Bravo! bravo! Escamillo!

Escamillo, bravo!

ESCAMILLO, à Carmen.

Si tu m’aimes, Carmen, tu pourras tout à l’heure

En me voyant à l’œuvre être fière de moi.

CARMEN.

Je t’aime, Escamillo, je t’aime et que je meure

Si j’ai jamais aimé quelqu’un autant que toi.

LE CHŒUR.

Bravo! bravo! Escamillo!

Escamillo, bravo!

Trompettes au-dehors. Paraissent deux trompettes suivis de quatre alguazils.

PLUSIEURS VOIX, au fond.

L’alcade,

L’alcade,

Le seigneur alcade!

Chœur de la foule se rangeant sur le passage de l’alcade.

Pas de bousculade,

Regardons passer

Et se prélasser

Le seigneur alcade.

LES ALGUAZILS.

Place, place au seigneur alcade!

Petite marche à l’orchestre. Sur cette marche défile très lentement au fond l’alcade précédé et suivi des alguazils. Pendant ce temps Frasquita et Mercédès s’approchent de Carmen.

FRASQUITA.

Carmen, un bon conseil, ne reste pas ici.

CARMEN.

Et pourquoi, s’il te plaît?

FRASQUITA.

Il est là.

CARMEN.

Qui donc?

FRASQUITA.

Lui,

Don José … dans la foule il se cache; regarde.

CARMEN.

Oui, je le vois.

FRASQUITA.

Prends garde.

CARMEN.

Je ne suis pas femme à trembler,

Je reste, je l’attends … et je vais lui parler.

L’alcade est entré dans le cirque. Derrière l’alcade, le cortège de la quadrille reprend sa marche et entre dans le cirque. Le populaire suit … L’orchestre joue le motif: Les voici, voici la quadrille, et la foule en se retirant a dégagé don José … Carmen reste seule au premier plan. Tous deux se regardent pendant que la foule se dissipe et que le motif de la marche va diminuant et se mourant à l’orchestre. Sur les dernières notes, Carmen et don José restent seuls, en présence l’un de l’autre.

Scène II

Carmen, don José.

Duo.

CARMEN.

C’est toi?

JOSÉ.

C’est moi.

CARMEN.

L’on m’avait avertie

Que tu n’étais pas loin, que tu devais venir,

L’on m’avait même dit de craindre pour ma vie,

Mais je suis brave et n’ai pas voulu fuir.

JOSÉ.

Je ne menace pas, j’implore, je supplie;

Notre passé, je l’oublie,

Carmen, nous allons tous deux

Commencer une autre vie,

Loin d’ici, sous d’autres cieux.

CARMEN.

Tu demandes l’impossible.

Carmen jamais n’a menti,

Son âme reste inflexible

Entre elle et toi, c’est fini.

JOSÉ.

Carmen, il en est temps encore,

O ma Carmen, laisse-moi

Te sauver, toi que j’adore,

Et me sauver avec toi.

CARMEN.

Non, je sais bien que c’est l’heure,

Je sais que tu me tueras,

Mais que je vive ou je meure

Je ne céderai pas.

Ensemble.

JOSÉ.

Carmen, il en est temps encore,

O ma Carmen laisse-moi

Te sauver, toi que j’adore,

Et me sauver avec toi.

CARMEN.

Pourquoi t’occuper encore

D’un cœur qui n’est plus à toi?

En vain tu dis: je t’adore,

Tu n’obtiendras rien de moi.

JOSÉ.

Tu ne m’aimes donc plus?

Silence de Carmen et don José répète.

Tu ne m’aimes donc plus?

CARMEN.

Non, je ne t’aime plus.

JOSÉ.

Mais moi, Carmen, je t’aime encore;

Carmen, Carmen, moi je t’adore.

CARMEN.

A quoi bon tout cela? que de mots superflus!

JOSÉ.

Eh bien, s’il le faut, pour te plaire,

Je resterai bandit, tout ce que tu voudras,

Tout, tu m’entends, mais ne me quitte pas,

Souviens-toi du passé, nous nous aimions naguère.

CARMEN.

Jamais Carmen ne cédera.

Libre elle est née et libre elle mourra.

CHŒUR ET FANFARES, dans le cirque.

Viva! la course est belle,

Sur le sable sanglant

Le taureau qu’on harcèle

S’élance en bondissant …

Viva! Bravo! victoire!

Frappé juste en plein cœur,

Le taureau tombe! Gloire

Au torero vainqueur!

Victoire! victoire!

Pendant ce chœur, silence de Carmen et de don José … Tous deux écoutent … En entendant les cris de: Victoire, victoire! Carmen a laissé échapper un:

Ah! d’orgueil et de joie … Don José ne perd pas Carmen de vue … Le chœur terminé, Carmen fait un pas du côté du cirque.

JOSÉ, se plaçant devant elle.

Où vas-tu? …

CARMEN.

Laisse-moi.

JOSÉ.

Cet homme qu’on acclame,

C’est ton nouvel amant.

CARMEN, voulant passer.

Laisse-moi.

JOSÉ.

Sur mon âme,

Carmen, tu ne passeras pas.

Carmen, c’est moi que tu suivras!

CARMEN.

Laisse-moi, don José! … je ne te suivrai pas.

JOSÉ.

Tu vas le retrouver … tu l’aimes donc?

CARMEN.

Je l’aime,

Je l’aime, et devant la mort même,

Je répéterais que je l’aime.

FANFARES ET REPRISE DU CHŒUR, dans le cirque.

Viva! bravo! victoire!

Frappé juste en plein cœur,

Le taureau tombe! Gloire

Au torero vainqueur!

Victoire! Victoire! …

JOSÉ.

Ainsi, le salut de mon âme,

Je l’aurai perdu pour que toi,

Pour que tu t’en ailles, infâme!

Entre ses bras, rire de moi.

Non, par le sang, tu n’iras pas,

Carmen, c’est moi que tu suivras!

CARMEN.

Non! non! jamais!

JOSÉ.

Je suis las de te menacer.

CARMEN.

Eh bien! frappe-moi donc ou laisse-moi passer.

CHŒUR.

Victoire! victoire!

JOSÉ.

Pour la dernière fois, démon,

Veux-tu me suivre?

CARMEN.

Non! non!

Cette bague autrefois tu me l’avais donnée,

Tiens.

Elle la jette à la volée.

JOSÉ, le poignard à la main, s’avançant sur Carmen.

Eh bien, damnée …

Carmen recule … José la poursuit … Pendant ce temps fanfares et chœur dans le cirque.

CHŒUR.

Toreador, en garde,

Et songe en combattant

Qu’un œil noir te regarde

Et que l’amour t’attend.

José a frappé Carmen … Elle tombe morte … Le vélum s’ouvre. La foule sort du cirque.

JOSÉ.

Vous pouvez m’arrêter … c’est moi qui l’ai tuée.

Escamillo paraît sur les marches du cirque … José se jette sur le corps de Carmen.

O ma Carmen! ma Carmen adorée!

Fin

Georges Bizet – Carmen

Georges Bizet

Carmen

Oper in vier Akten

Personen

Carmen

Don José, Sergeant

Escamillo, Stierfechter

Zuniga, Leutnant

Moralès, Sergeant

Micaëla, ein Bauernmädchen

Dancaïro,

Remendado, Schmuggler

Frasquita,

Mercédès, Zigeunermädchen

Soldaten

Strassenjungen

Cigarrenarbeiterinnen

Zigeuner

Zigeunerinnen

Schmuggler

Volk

Ort und Zeit der Handlung: Spanien 1820.

Erster Akt.

Ein Platz in Sevilla.

Nr. 1. Präludium.

Nr. 2. Scene und Chor.

CHOR DER SOLDATEN.

Diese Menge, im Gedränge!

Wie das kommt, geht und bleibt,

Närrisches Volk umher sich treibt.

MORALÈS.

Müssig hier vor der Wache Halle,

Dass die Zeit geht hin,

Raucht man und schwatzt und mustert alle,

Die vorüberziehn.

CHOR.

Diese Menge, im Gedränge usw.

MORALÈS.

Doch seht, da kommt mit bangem Zagen

Ein Mädchen zu uns – irr ich nicht;

Sie blickt umher, scheint zu zögern und zu fragen.

CHOR.

Ihr beizustehn ist unsre Pflicht.

MORALÈS.

Was suchst du, hübsche Kleine?

MICAËLA.

Ich? ich such einen Sergeant.

MORALÈS.

Sieh ihn hier – in mir!

MICAËLA.

Nein, Ihr seid der nicht, den ich meine,

Don José – so wird er genannt.

MORALÈS.

Don José – ist uns wohl bekannt.

MICAËLA.

Gewiss? So find ich ihn hier? Sie verzeihen!

MORALÈS.

Sergeant ist er, ganz recht, doch nicht in unsern Reihen.

MICAËLA.

Nicht hier? Ich dachte ja.

MORALÈS.

Mein holdes Mädchen, er ist nicht da.

Doch warte hier und sei nicht bang,

Er kommt hierher, ‘s dau’rt nicht lang.

Er kommt hierher, wenn wir die Runde machen

Und werden abgelöst durch neue Wachen.

CHOR.

Er kommt hierher usw.

MORALÈS.

Willst du auf dem Platz da bleiben,

Liebes Kind, so zart und fein,

Langeweile zu vertreiben,

Komm unterdes zu uns herein.

MICAËLA.

Zu euch?

CHOR.

Zu uns!

MICAËLA.

Nein, nein, nein, nein,

Ihr Herrn Soldaten, das kann nicht sein.

MORALÈS.

Komm herein nur ohne Bangen,

Ich verspreche dir bestimmt,

Freundlich wirst du hier empfangen,

In allen Ehren, wie sich’s geziemt.

MICAËLA.

Ich weiss wohl zu schätzen diese Ehr,

Doch meine ich, ‘s wird besser sein, ich komm hierher

Wieder zurück, wenn Sie die Runde machen

Und werden abgelöst durch neue Wachen.

MORALÈS UND CHOR.

Bleibe doch hier, bis wir die Runde machen

Und werden abgelöst durch neue Wachen.

Bleibe doch da!

MICAËLA.

Nein, nein, nein –

Das kann nicht sein.

MORALÈS UND CHOR.

Bleibe doch da!

MICAËLA.

Auf Wiedersehn, ihr Herrn Soldaten –

Das kann nicht sein –

MORALÈS.

Seht hin sie eilen;

Wir müssen weilen.

Freunde, kommt, lasst uns wieder sehn

Nach Leuten, die vorübergehn.

CHOR.

Diese Menge, im Gedränge usw.

Nr. 3. Chor der Strassenjungen.

Schnell herbeigestürmt wie’s Wetter,

‘s kommen die Soldaten ja,

Hört der Trompete Geschmetter:

Trateratatata!

Wenn die Wachen aufmarschieren,

Gehn wir wie Soldaten mit,

Lasst voran uns defilieren:

Eins! Zwei! im gleichen Schritt.

Brust heraus, den Kopf nach oben,

Und die Arme ziehet an;

Rasch! nun die Füsse gehoben,

So marschier’n wir Mann für Mann!

Wir sind da! Tratateratatata!

Nr. 3 a. Rezitativ.

MORALÈS. Ein junges Mädchen, voll Liebreiz in ihrem ganzen Wesen, fragte uns nach dir. Blaues Kleidchen und blonde Zöpfe.

JOSÉ. Das war sie, Micaëla!

ZUNIGA. Ist nicht dort die Fabrik unsrer köstlichen Cigaretten, die beschäftigt so viele Mädchen?

JOSÉ. So ist’s, mein Offizier! Doch glaubet mir, nirgends findet Ihr mehr so flatterhafte Mädchen.

ZUNIGA. Mag’s drum sein, wenn sie nur schön sind.

JOSÉ. Ach, davon weiss ich wahrlich nichts, denn wenig kümmert mich wohl diese Gattung Mädchen.

ZUNIGA. Was dich bekümmert, Freund, ich weiss es wohl! ‘s ist ein junges, reizendes Mädchen, Micaëla, so nennt sie sich. Blaues Kleidchen und blonde Zöpfe. Nun, Freundchen, gesteh, hab ich recht?

JOSÉ. Ich gestehe, ‘s ist wahr, dass ich sie liebe. Doch wie gerufen kommen von dort die Mädchen der Fabrik. Sehet selbst und urteilt, ob sie Euch gefallen.

Nr. 4. Chor.

JUNGE LEUTE.

Eilen wir herbei mit der Glocke Tönen,

Auf die Mädchen hier warten wir am Ort –

Gehn wir ihnen nach, diesen braunen Schönen,

Flüstern ihnen zu manches süsse Wort!

CHOR DER SOLDATEN.

Seht sie da! wie keck ohne Scheu, diese Koketten,

Kommen lachend, rauchen dabei ihre Cigaretten.

CHOR DER CIGARRENARBEITERINNEN.

Seht, wie Raucheswolken ziehn

In die Lüfte

Kräuselnd dahin

Und verbreiten holde Düfte.

Sanft betäubet, schlürft den Rauch

Mit den Lippen,

Und wie im Hauch

Lasst uns süsse Wonne nippen.

Ist so ein Mann Liebe zu schwören bereit,

Das ist Hauch –

Sagt er, dass uns ist sein Leben geweiht,

Leicht wie Rauch –

Ein treues Herz in der Brust

Ist nur Hauch –

O süsser Schmerz, Liebeslust,

Das ist ein Hauch,

So leicht wie Rauch!

Seht, wie Raucheswolken ziehn

Dahin durch die Lüfte;

Ach! Sie verbreiten die lieblichen Düfte

Und ziehn sanft sich kräuselnd dahin. –

Duftger Rauch

Leicht wie Hauch!

CHOR DER SOLDATEN.

Doch wir sehen nicht Carmen in ihrer Mitte.

ALLGEMEINER CHOR.

Ah! sie kommt! Carmen naht mit flüchtigem Schritte.

CHOR DER JUNGEN LEUTE.

Carmen! sieh, wir folgen am Fusse dir.

Carmen, ach, sei artig, gib Antwort hier

Und nenn uns den Tag, wo dein Sinn endlich bricht,

Und wo dein sprödes Herz uns von Liebe spricht.

CARMEN.

Wann ich Liebe euch schenk? fürwahr, das weiss ich nicht,

Wohl niemals vielleicht – ‘s kann morgen schon sein –

Eins weiss ich gewiss: Heute? – Nein!

Nr. 5. Habanera.

CARMEN.

Ja, die Liebe hat bunte Flügel,

Solch einen Vogel zähmt man schwer;

Haltet fest sie mit Band und Zügel,

Wenn sie nicht will, kommt sie nicht her.

Ob ihr bittet, ob ihr befehlet,

Und ob ihr sprecht und ob ihr schweigt,

Nach Laune sie den erwählet,

Und heftig liebt, der stumm sich zeigt.

CHOR.

Ja, die Liebe hat bunte Flügel usw.

CARMEN.

Die Liebe von Zigeunern stammet,

Frägt nach Rechten nicht, Gesetz und Macht;

Liebst du mich nicht, bin ich entflammet,

Und wenn ich lieb, nimm dich in acht.

CHOR.

Die Liebe von Zigeunern stammet usw.

CARMEN.

Glaubst den Vogel du schon gefangen,

Ein Flügelschlag – ein Augenblick,

Er ist fort, und du harrst mit Bangen;

Eh du’s versiehst – ist er zurück.

Weit im Kreise siehst du ihn ziehen,

Bald ist er fern, bald ist er nah.

Halt ihn fest, und er wird entfliehen,

Weichst du ihm aus – flugs ist er da.

CHOR.

Glaubst den Vogel du schon gefangen usw.

Nr. 6. Scene.

CHOR DER JUNGEN LEUTE.

Carmen, sieh, wir alle folgen dir.

Carmen, ach, sei artig, gib Antwort hier,

Wann dein Sinn endlich bricht

Und dein Herz von Liebe uns spricht?

CHOR DER CIGARRENARBEITERINNEN.

Die Liebe von Zigeunern stammet usw.

Nr. 6a. Rezitativ.

JOSÉ. Ha, das heiss ich doch Unverschämtheit! Wie mit dem Sträusschen so geschickt sie mich traf, wie mit einer Kugel! Dieser Duft ist berauschend, und die Blume, wie schön! – Und das Mädchen – sollt wirklich Hexen es geben, ist sie eine, ganz gewiss.

MICAËLA. José!

JOSÉ. Micaëla!

MICAËLA. Ich bin da!

JOSÉ. Welche Freude!

MICAËLA. Mich hat die Mutter hergesendet!

Nr. 7. Duett.

JOSÉ. Wie? du kommst von der Mutter? Ach, die Teure, die Gute –

MICAËLA. Als Botin komm ich her und bring mit frohem Mute dieses Schreiben.

JOSÉ. Wie – ein Schreiben?

MICAËLA.

Und noch dies Stückchen Gold,

Um aufzubessern deinen knappen Sold.

Und noch –

JOSÉ.

Was noch?

MICAËLA.

Und noch, – wie soll ich’s sagen, –

Und noch hat mir die Mutter etwas aufgetragen,

Von hohem Wert für einen guten Sohn,

Wohl mehr als Gold und reicher Lohn.

JOSÉ.

So sprich, mein Mädchen, was sie gegeben?

Sag es mir!

MICAËLA.

Nun, wohlan, es sei!

Was sie von Herzen gab, ich überbring es treu!

Sonntag war’s, aus der Kirche gingen wir soeben,

Sie sprach zu mir mit sanftem Ton:

»Nun mach dich auf den Weg, nach der Stadt hinzureisen,

Gott sei mit dir, mein Kind, er wird den Pfad dir weisen.

Er führet sicher dich zu José, meinem Sohn,

Sag dem teuren Kind meiner Schmerzen,

Mutterliebe währt ew’ge Zeit,

Dass sie sein Bildnis trägt im Herzen,

Was er getan, sie gern verzeiht.

Lebe wohl!« sprach mit feuchtem Blicke

Sie zu mir, »und den heissen Kuss,

Den ich auf deine Lippen drücke,

Bring ihn dar als der Mutter Gruss.«

JOSÉ.

Einen Kuss meiner Mutter?

MICAËLA.

Für den Sohn gab sie mir;

Und wie ich ihn empfing, geb ich ihn treulich dir!

JOSÉ.

Ich seh die Mutter dort, sie ruft zurück mir im Bilde

Das stille Tal und das Haus, wo meine Wiege einst stand,

Ach, gerne denk deiner ich, mein teures Heimatland.

Es schlägt mein Herz so stark, und doch wird mir so milde.

Ich seh die Mutter dort, wo meine Wiege stand,

Ruft sie zurück im Bilde. –

MICAËLA.

Er sieht die Mutter dort, sie ruft zurück ihm im Bilde

Das stille Tal und das Haus, sein teures Heimatland.

Wie schlägt sein Herz so stark, und doch wird ihm so milde,

Er sieht die Mutter dort, wo seine Wiege stand,

Ruft sie zurück im Bilde.

JOSÉ.

Wer weiss es, welcher Dämon sich gegen mich wendet?

Selbst in der Ferne schützt mich der Mutter Wort –

Und dieser Kuss, den sie gesendet,

Entreisst mich der Gefahr, er sei mein Schirm und Hort.

MICAËLA.

Die Gefahr dich bedroht? welch Dämon kann das sein?

O vertrau es mir an.

JOSÉ.

Nichts! nein!

Lasse das Fragen, sei ohne Sorgen,

Und sag mir, wann heimwärts du ziehst.

MICAËLA.

Ich? diesen Abend, und bin bei der Mutter schon morgen.

JOSÉ.

Bei meiner Mutter? o sag, wenn du sie siehst;

Dass ich sie lieb aus vollem Herzen,

Mein Dasein nur ihr ist geweiht.

Mög es lindern der Trennung Schmerzen,

Dass sie liebt und verzeiht,

Dass ich treu dir ins Auge blicke,

Sag es ihr, und den heissen Kuss,

Den ich auf deine Lippen drücke,

Bring ihr den, als des Sohnes Gruss.

MICAËLA.

Ich schwör’s, den heissen Kuss, den gegeben du mir,

José, wie ich’s versprach, ich bring’ ihn treulich ihr.

JOSÉ, MICAËLA.

Ich seh die Mutter dort, usw.

Er sieht die Mutter dort, usw,

Nr. 7a. Rezitativ.

JOSÉ. Bleibe da, während hier den lieben Brief ich lese.

MICAËLA. Nicht doch, ich gehe jetzt und später kehr ich zurück.

JOSÉ. Warum willst du fort?

MICAËLA. Weil ich denke, dass besser es ist, wenn ich gehe; noch manches hab ich zu besorgen.

JOSÉ. Du kehrst zurück?

MICAËLA. Bald bin ich hier.

JOSÉ. Fürchte nichts, o Mutter! Dein Sohn wird deine Wünsche mit Freuden stets erfüllen. Lieb ich doch Micaëla, sie soll mein Weibchen sein, trotz deiner Blumen, du braune Hexe.

Nr. 8. Chor.

ZUNIGA.

Was ist dort geschehen?

CHOR DER CIGARRENARBEITERINNEN.

1. GRUPPE.

Kommt zu Hilf! hört ihr das Geschrei?

2. GRUPPE.

Kommt zu Hilf! Eilet schnell herbei!

1. GRUPPE.

Carmen begann den Streit,

2. GRUPPE.

Nein, nein, sie ist nicht schuldig! ‘s ist nicht wahr.

1. GRUPPE.

Sie war es, sie ist so ungeduldig,

Sie hat den ersten Streich getan.

2. GRUPPE.

Nein, höret sie nicht an.

O hört uns an

Carmen hat’s nicht getan,

Herr Soldat, hört uns an.

1. GRUPPE.

Nein, hört sie nicht an,

O hört uns an.

Nein, nein, sie hat’s getan!

Herr Soldat, hört uns an!

2. GRUPPE.

Mercédès beim Wickeln sprach:

Mir ist zuwider das Laufen,

Möchte einen Esel kaufen,

Reiten bis hierher gemach.

1. GRUPPE.

Carmen, wie es schon ihr Brauch,

Hob an mit spöttischen Mienen:

Wozu soll ein Esel dienen?

‘s ging mit einem Besen auch.

2. GRUPPE.

Mercédès nichts schuldig blieb,

Ihr Mundwerk geht wie am Schnürchen:

Wünsche ich mir so ein Tierchen,

Geschieht’s ja nur dir zulieb!

1. GRUPPE.

Auf dem Esel kannst verkehrt

In Parade du sitzen,

Aus der Stadt mit Nesselspitzen

Peitscht man dich, wie sich’s gehört.

ALLE.

Kaum heraus dieses Wort war,

Lagen sie sich in dem Haar,

Eh man’s versah, zu spät es war,

Lagen sie sich in dem Haar.

ZUNIGA.

Zum Teufel! mit dem Schrein und Plaudern!

Hinein, José! und nehmt mit Euch zwei Mann,

Sehet nach, was es gibt und schafft Ruh ohne Zaudern.

CHOR.

1. GRUPPE.

Carmen begann den Streit.

2. GRUPPE.

Nein, nein! sie ist nicht schuldig!

1. GRUPPE.

Sie ist so ungeduldig!

2. GRUPPE.

‘s ist nicht wahr!

1. GRUPPE.

Sie hat den ersten Streich getan.

ZUNIGA.

Heda! fort mit dem Weibsvolk und schafft freie Bahn.

CHOR.

Mein Herr! nein, höret sie nicht an,

Sie war’s, die es getan!

O hört uns an,

Die hat’s getan.

2. GRUPPE.

Carmen hat’s nicht getan,

Herr Soldat, hört uns an,

1. GRUPPE.

Nein, nein, sie hat’s getan

Herr Soldat hört uns an.

Carmen den Streit fing an,

Sie führt den blutigen Streich!

2. GRUPPE.

Mercédès hat’s getan!

Sie ging entgegen ihr gleich.

1. GRUPPE.

Carmen hat’s getan

2. GRUPPE.

Mercédès fing an.

1. GRUPPE.

Ja, ja, ja!

2. GRUPPE.

Nein, nein, nein!

ALLE.

Sie hat zuerst den Streich getan.

1. GRUPPE.

Carmen zuerst fing an

Sie war’s, sie hat’s getan.

2. GRUPPE.

Mércède’ hat’s getan

Sie war’s, sie hat’s getan.

Nr. 9. Lied und Rezitativ.

CHOR. Mein Offizier, ein Streit entspann sich droben, wohl zuerst nur in Worten, dann kam’s zu Messerstichen, ‘s ward ein Mädchen verwundet.

ZUNIGA. Und durch wen?

JOSÉ. Hier durch diese!

ZUNIGA. Du hast’s gehört, was hast du zu erwidern?

CARMEN.

Tralalalala!

Brenne, schneide und foltre, dass reden ich soll,

Tralalalala!

Doch, ich trotze dem Himmel, dem Eisen, dem Feuer.

ZUNIGA. Keine Lieder will hören ich, gib Antwort auf meine Frage sogleich.

CARMEN.

Tralalalala!

Das Geheimnis ist mein, und ich hüte es wohl.

Tralalalala!

Ja, ich lieb ihn, im Tode noch ist er mir teuer.

Rezitativ.

ZUNIGA.

Willst lassen das Singen du nicht,

Nun, so magst im Gefängnis du singen nach Lust.

CHOR.

Ins Gefängnis mit ihr.

ZUNIGA. Beim Teufel! leicht, wie es scheint, führt dein Händchen das Messer!

CARMEN.

Tralalalala.

ZUNIGA.

‘s ist doch schade um diese Kleine, reizend das Schmollen ihr lässt.

Doch gilt es hier, Ernst ihr zu zeigen.

Bindet ihr die Hände fest!

CARMEN.

Wo führst du mich hin?

JOSÉ.

Nach dem Befehl folgst du mir ins Gefängnis!

CARMEN.

Und kannst du mich nicht befreien?

JOSÉ.

Leider nein, folgen muss ich dem Befehl.

CARMEN. Doch ich weiss, dass für mich den Befehlen des Chefs du trotzest, alles tust, was ich von dir will, und warum? Weil du mich liebest!

JOSÉ. Ich dich lieben?

CARMEN. Ja, mein Freund! Die Blume, die ich dir geworfen, du weisst, die Blume der Hexe, die du in der Brust noch verbirgst, sie übt den Zauber.

JOSÉ.

Sprich nicht mehr zu mir, schweige still!

Nicht hör ich länger dich an!

Nr. 10. Seguidilla und Duett.

CARMEN.

Draussen am Wall von Sevilla

Wohnet mein Freund Lillas Pastia,

Dort tanze ich die Seguidilla

Und trink Manzanilla!

Dort, bei meinem Freunde Lillas Pastia.

Ach, besser ist es doch zu zweien,

Langweilig ist’s, allein zu sein.

So soll mir, seinen Arm zu leihen,

Der Liebste mein Begleiter sein.

Der Liebste mein? wenn ich ihn hätte!

Ich jagt ihn gestern erst davon.

Mein armes Herz ist ohne Zweifel,

Frei, wie der Vogel in der Luft.

Ich zähl die Liebsten dutzendweise,

Keiner gefällt mir sicherlich.

So schliesst die Woche im Geleise,

Und wer mich mag, den liebe ich.

Wer kommt mir denn liebend entgegen,

Wer findet wohl das rechte Wort?

‘s ist nicht Zeit, das zu überlegen,

Mit dem Liebsten muss schnell ich fort.

JOSÉ.

Jetzt schweig – ich hab das Sprechen dir verboten überhaupt.

CARMEN.

Ich sprach ja nicht mit dir, ich sing für mich nur eben,

Dabei denk ich – das Denken, mein ich, ist wohl erlaubt,

Ich denk an den Mann, lieb und wert,

An den Offizier, den ich lieb, mehr als mein Leben

Und dem mein Herz für ew’ge Zeit gehört.

JOSÉ.

Carmen!

CARMEN.

Mein Offizier ist, ich kann’s nicht verhehlen,

Nicht Kapitän, auch nicht Leutnant, er ist nur Sergeant,

Doch, was hat ein Zigeunerkind auszuwählen?

Bin zufrieden mit seinem Stand.

JOSÉ.

Carmen, ach, mir schwinden die Sinne,

Kaum mehr weiss ich, was ich beginne,

Dein Versprechen, es bindet dich,

Wenn ich dich liebe, ach, dann liebst du auch mich?

CARMEN.

Ja.

JOSÉ.

Bei Lillas Pastia!

CARMEN.

Wir tanzen dort die Seguidilla.

JOSÉ.

Wir tanzen dort.

CARMEN.

Trinken vereint Manzanilla.

JOSÉ.

Carmen! Du hältst dein Wort?

CARMEN.

Ach! draussen am Wall usw.

Nr. 11. Finale.

ZUNIGA.

Hier der Befehl! Nun geht und haltet gute Wache.

CARMEN.

Unterwegs geb ich dir einen Stoss

Mit der ganzen Kraft, und der lässet mich los;

Strauchle dann, falle hin, das andre ist meine Sache.

Von José abgeführt, lacht sie Zuniga ins Gesicht.

Die Liebe von Zigeunern stammet,

Fragt nach Rechten nicht, Gesetz und Macht;

Liebst du mich nicht, bin ich entflammet,

Und wenn ich lieb, nimm dich in acht!

Vorhang.

Zweiter Aufzug.

Zigeunerschenke.

Nr. 12. Zigeunerlied.

CARMEN.

Was ist des Zigeuners höchste Lust?

Wenn heimatliche Töne klingen,

Erinnerung mit leisen Schwingen

Ein süss Gefühl weckt in der Brust.

Hört ihr der Tamburinen Klang,

Das Rauschen der Gitarre-Saiten?

Wie lustig sie den Tanz begleiten;

Dazu ertönt Zigeunersang.

Tralalala!

Wie leuchten auf der Haut so braun

Die Ringe und das Goldgeschmeide;

Wie herrlich ist im bunten Kleide

Das Zigeunermädchen anzuschaun.

Der Tanz wird vom Gesang belebt,

Erst schüchtern, unentschlossen, leise,

Dann immer mehr im Wirbelkreise

Das Blut sich brausend in den Adern hebt.

Tralalala!

Zigeuner hält mit starkem Arm

Den Leib der Tänzerin umfangen.

Wie glühen Augen ihr und Wangen,

Ihm wird ums Herz so wohl und warm.

Wie hebet freudig sich der Sinn,

Dem Klang der Instrumente lauschend,

Im Gedränge sich wild berauschend,

Der Zigeuner fliegt im Tanz dahin.

Tralalala!

CARMEN, FRASQUITA, MERCÉDÈS.

Tralala, tralala!

Nr. 12a. Rezitativ.

FRASQUITA. Ihr Herren, Pastia sagt –

ZUNIGA. Was will er denn von uns, der gute Pastia?

FRASQUITA. Er sagt, der Herr Corregidor will, dass man schliesse die Schenke.

ZUNIGA. Nun denn, so gehen wir. Ihr aber kommt doch mit?

FRASQUITA. Nicht doch, wir bleiben hier.

ZUNIGA.

Und du, Carmen, du folgst mir doch?

Du, Schelmin, gesteh es nur ein, dass du mir zürnst.

CARMEN. Ich zürnen Euch? Warum?

ZUNIGA. Der Soldat, den für dich man damals eingesperrt –

CARMEN. Ach, was ist aus dem Armen geworden?

ZUNIGA. Heut verliess er die Haft.

CARMEN. Er ist frei! O wie schön!

CARMEN, FRASQUITA, MERCÉDÈS. Gut Nacht, ihr lieben süssen Herrn!

Nr. 13. Chor.

Ein Hoch dem Torero!

Es leb Escamillo!

Ja, bringt ihm ein Hoch.

ZUNIGA. Seht mit Fackeln man begleitet hier den Sieger des Zirkus von Granada! Schnell, Herr Wirt, bringt uns Wein! Er soll hier mit uns trinken auf seinen letzten Sieg, und auf die Zukunft auch! Ein Hoch dem Torero.

ALLE.

Ein Hoch dem Torero!

Es leb Escamillo!

Ja, bringt ihm ein Hoch.

Nr. 14. Lied.

ESCAMILLO.

Euren Toast kann ich wohl erwidern.

Mit euch, ihr Herren, sind wir ja nah verwandt,

Und der Torero reicht seinen Brüdern,

Eilt er wie sie zum Kampf, die fröhliche Hand.

Saht ihr wohl schon am heiligen Feste

Den weiten Zirkus von Menschen voll?

Bis hoch hinauf sitzen die Gäste,

Lärmen und schrein, ein Getöse ist es wie toll,

Mancher zittert, und mancher schweiget,

Mancher blickt hinab mit wilder Wut,

‘s ist der Tag, wo sich der Tapfre zeiget

Und erprobt den wahren Mut.

Drum rasch voran, mit Mut voran! Ach! –

Auf in den Kampf, Torero!

Stolz in der Brust,

Siegesbewusst.

Wenn auch Gefahren dräun,

Sei wohl bedacht,

Dass ein Aug dich bewacht

Und süsse Liebe lacht.

CHOR.

Auf in den Kampf usw.

ESCAMILLO.

Plötzlich wie im Zauberkreise

Ein bang Entsetzen sich in den Zügen malt,

‘s herrscht Totenstille rings in dem Kreise,

Durch den Zwinger bricht heraus der Stier mit Allgewalt.

Er stürzt vor, treibt in die Enge

Ein stolzes Ross – es fällt – begräbt den Picador.

»Ah, bravo Toro!« heulet die Menge.

Wütend rennt der Stier im Kreise umher, Kopf hoch empor.

Die wucht’gen Hörner wild er senket,

Es fliesset rings das Blut – er brüllet fürchterlich.

Alles flieht – an den Pforten rüttelt –

Da tret auf den Kampfplatz ich

Mit Mut voran! Ach!

Auf in den Kampf usw.

CHOR.

Auf in den Kampf usw.

Nr. 14a. Rezitativ.

ESCAMILLO. Du Schöne, o sprich, sag deinen Namen mir, bei meinem nächsten Siege will laut ich ihn nennen.

CARMEN. Carmen, Carmencita, mein Herr, Euch zu dienen.

ESCAMILLO. Sag, wenn ich dich liebte, hätt ich Hoffnung?

CARMEN. Jenun, beim Warten ist nichts zu verlieren.

ESCAMILLO. Die Antwort ist wohl nicht sehr zärtlich, doch ich lasse die Hoffnung nicht schwinden und warte.

CARMEN. Ich kann’s Euch nicht verbieten, auch ist Hoffnung so süss.

ZUNIGA. Da du mir nicht folgst, holdes Kind, so komm ich wieder.

CARMEN. Wagt das nicht, rat ich Euch!

ZUNIGA. Bah! Ich wag es doch!

FRASQUITA. Kommt herein, sagt, was gibt’s Neues!

DANCAÏRO. ‘s ist nicht so schlecht, was ich berichte. Heut Nacht sollen wir Waren schaffen zur Stadt, jedoch dazu brauchen wir euch.

FRASQUITA, MERCÉDÈS, CARMEN. Ihr brauchet uns?

DANCAÏRO. Ihr müsst die Zöllner halten uns fern.

Nr. 15. Quintett.

DANCAÏRO.

Ich hab ein Geschäft vorzuschlagen.

FRASQUITA UND MERCÉDÈS.

Ist’s auch was Gutes? saget mir.

DANCAÏRO.

Wunderbar und wird uns was tragen;

Jedoch dabei sein müsset ihr.

FRASQUITA, MERCÉDÈS, CARMEN.

Wie wir? im Ernst? dabei sein müssen wir?

DANCAÏRO, REMENDADO.

Ja, ihr, im Ernst, dabei sein müsset ihr.

Denn wir gestehen es in Demut ein,

Wir sind dafür viel zu schwach, allein.

Wo es sich dreht um Schurkerei,

Spitzbüberei und Prellerei,

Hat man gewonnen sicher viel.

Ist so ein Weib mit in dem Spiel.

Wo das fehlt,

Der Mann sich nur quält,

Und bringt nichts von der Hand

Zu Stand.

FRASQUITA, MERCÉDÈS, CARMEN.

Wo das fehlt, usw.

DANCAÏRO, REMENDADO.

Gesteht es ein,

Es muss so sein.

FRASQUITA, MERCÉDÈS, CARMEN.

Wir sehen es ein,

Es mag so sein!

ALLE.

Wo es sich dreht um Schurkerei usw.

DANCAÏRO.

Nun abgemacht, ihr seid dabei?

FRASQUITA, MERCÉDÈS.

Nun denn, es sei!

DANCAÏRO.

Doch allsogleich!

CARMEN.

Ach! nur ein Wort!

Wenn ihr beide so wollt, geht fort.

Ich wünsch euch viel Glück auf die Reise;

Doch ich bleib da, geht ohne mich!

DANCAÏRO, REMENDADO.

Ach, das ist seltsam, sicherlich.

Hast du bedacht? auf diese Weise,

Carmen, du lässest uns im Stich.

DANCAÏRO.

Doch den Grund sage uns, Carmen, so sprich!

FRASQUITA, MERCÉDÈS, DANCAÏRO, REMENDADO.

Sag den Grund!

CARMEN.

Ich will es ehrlich eingestehn.

DIE VIER ANDEREN.

So sprich! was ist’s?

CARMEN.

Warum ich nicht mit euch will gehn?

DIE VIER ANDEREN.

Nun denn?

CARMEN.

Weil ich innig liebe!

DIE VIER ANDEREN.

Ach, das ist gut, sie spricht von Liebe!

Wie, du liebst?

CARMEN.

Ja, ich liebe!

DANCAÏRO.

Ach, geh! Carmen, wer da ernsthaft bliebe!

CARMEN.

Bin verliebt mit rasender Glut.

DANCAÏRO, REMENDADO.

Ei! wunderbar, ich muss gestehen,

‘s ist drollig, wenn so Carmen spricht;

Und ist ja öfters schon geschehen,

Dass du vergessen Liebe, wie Pflicht!

CARMEN.

Ihr Freunde! ehrlich will ich’s sagen,

Ich geh mit euch heut abend nicht.

Ihr müsst darob euch nicht beklagen,

Doch der Lieb selge Lust gilt mir mehr als die Pflicht.

DANCAÏRO.

Das ist doch nicht dein letztes Wort?

CARMEN.

Ei, ganz gewiss.

REMENDADO.

Nur fort!

Auf deine Freunde nimm Bedacht.

DIE VIER ANDEREN.

O komm mit uns, Carmen, in dieser Nacht

Auf dich wir zählen,

Du darfst nicht fehlen,

Wir sagen’s frei.

CARMEN.

Ich weiss es wohl und stimm euch völlig bei.

ALLE.

Wo es sich dreht um Schurkerei,

Spitzbüberei und Prellerei usw.

Auf Ehre, wahrhaftig, es ist gewiss,

Dass man gewinnet viel,

Ist so ein Weib im Spiel,

Denn auf die Frauen

Kann man bauen.

Nr. 15 a. Rezitativ.

DANCAÏRO. Sag, wen erwartest du?

CARMEN. Den Soldat, von dem ich euch erzählt, der sich, um mich zu retten, selber einsperren liess.

REMENDADO. Fürwahr, der Spass war gut!

DANCAÏRO. Wer weiss, ob der sich’s nicht überlegt, her zu kommen. Bist du auch sicher, dass er kommt?

Nr. 16. Lied.

JOSÉ.

He, holla!

Halt! Wer da?

Mann von Alcala!

CARMEN.

Hört ihr ihn? – Er ist da!

JOSÉ.

Wo willst hinaus du da,

Mann von Alcala?

Meinem Feind entgegen,

Mit dem blanken Degen

In den Staub ihn legen.

Ist’s so in der Tat,

Dann passiert, Soldat!

Wo’s die Ehre gilt,

Wo ein holdes Frauenbild,

Sind wir alle da,

Wir von Alcala!

FRASQUITA.

Es ist ein Dragoner.

MERCÉDÈS.

Und wie hübsch er ist!

DANCAÏRO.

Ha, das wär für uns ein wackrer Kamerad.

REMENDADO.

Such ihn zu gewinnen.

CARMEN.

Niemals folgt er uns.

DANCAÏRO.

Den Versuch mache doch!

CARMEN.

Sei’s! ich will’s versuchen.

JOSÉ.

He, holla!

Halt! wer da?

Mann von Alcala!

Wo willst hinaus du da,

Mann von Alcala?

Treu in Tod und Leben

Zu dem Liebchen eben,

Dem ich mich ergeben.

Ist’s so in der Tat,

Dann passiert, Soldat!

Wo’s die Ehre gilt,

Wo ein holdes Frauenbild,

Sind wir alle da,

Wir von Alcala!

Nr. 16a. Rezitativ.

CARMEN. Bist du endlich da?

JOSÉ. Carmen!

CARMEN. Du kommst aus deiner Haft?

JOSÉ. Zwei Monate sass ich fest.

CARMEN. Du beklagst dich?

JOSÉ. Keineswegs! Zu leiden galt’s für dich! Viel mehr noch würd ich dulden!

CARMEN. So liebst du mich?

JOSÉ. Ob ich dich liebe?

CARMEN. Hier waren heut Offiziere als Gäste, es wurde auch getanzt

JOSÉ. Du hast getanzt?

CARMEN. Ich will wetten, dich quälet Eifersucht.

JOSÉ. Gewiss! Liebt ich dich sonst?

CARMEN. Nur sacht, mein Freund, nur sacht!

Nr. 17. Duett.

CARMEN.

Tanzen will ich zu Eurer Ehr,

Und Ihr sollt sehn, mein Herr,

Mich selber zu begleiten im stande bin ich.

Setzet Euch, Don José!

Nun beginn ich!

Carmen tanzt und schlägt die Castagnetten.

JOSÉ. O halte ein, Carmen! einen Moment, mein Leben!

CARMEN. Und warum? sprich, was gibt’s?

JOSÉ. Hörst du nicht? Das ist – ja, es sind die Trompeten, die das Zeichen geben, zur Heimkehr naht die Frist.

CARMEN.

Bravo! Bravo! will’s nicht behagen

Dem Herrn zu tanzen

Nach der Castagnetten Schlägen,

So schickt zum Glück

Der Himmel selbst die Musik.

JOSÉ. Nein, du verstehst mich nicht, Carmen, es ist das Zeichen, – ich muss nun fort, nach Haus, ins Quartier, zum Appell.

CARMEN.

Ins Quartier? Zum Appell?

Ha! wie töricht ohnegleichen

War doch mein gutes Herz,

Mit Lachen und mit Scherz,

In voller Lust bereit,

Zu kürzen ihm die Zeit.

Bald mit Tanz, bald mit Sang,

Und sag ich’s ohne Zwang,

Selbst mein Herz ward schwach!

Traterata! da beim Trompetenklang!

Traterata! springt er schnell in die Höh

Und will fort. – Nun, so geh!

Da nimm deinen Helm, den Säbel, das Gehänge –

Nun, mein Junge, so geh! zur Kaserne dich dränge!

JOSÉ.

O spotte nicht, Carmen! Wie unrecht tust du mir.

Mir bricht das Herz entzwei, soll ich von dannen ziehen.

Noch hat kein Weib vor dir, bei meinem Eid!

Erfüllt die Seele mir mit solchem heissen Glühen.

CARMEN.

Traterata! da ruft es zum Appelle!

Traterata! Ich komme noch zu spät!

O mein Gott! ‘s geht zum Appelle,

Ach, mein Kopf ist verdreht,

Hinweg! nur schnelle!

Ist das deine Liebe zu mir?

JOSÉ.

Du zweifelst noch an meiner Lieb zu dir?

CARMEN.

Lass mich!

JOSÉ.

Wohlan! so hör mich an!

CARMEN.

Nein, nein, ich will nichts hören,

Dein Beteuern und Schwören

Soll mich nimmer betören.

Nein, nein, nein!

JOSÉ.

Ja, ich will es so, höre mich an!

Er zieht aus der Brusttasche den Cassienstrauss hervor.

Hier an dem Herzen treu geborgen,

Die Blume, sieh, von jenem Morgen;

Entblättert, welk in Kerkerluft,

Behielt sie noch den süssen Duft.

Ach, wie bange sind die düstern Stunden

Dem geschlossnen Aug hingeschwunden!

Vom Duft berauschet, lag ich da –

In dunkler Nacht dein Bild ich sah.

Ich fluchte dir in wildem Grimme,

Und grollend sprach hier eine Stimme:

Warum doch fügt es das Geschick,

Dass du erschienst vor meinem Blick?

Dann die bittre Lästerung beklagend,

Dann bald hoffnungsvoll, dann verzagend,

Durchbebt mein Herz der stille Schmerz,

Ich bat zu Gott mit heissem Flehn:

Ach, teures Mädchen, dich wiederzusehn.

Da standest du vor meinen Blicken.

Klar fühlte ich, es war um mich getan,

Du meine Wonne, mein Entzücken!

Dein ist mein Herz, und ewig dir gehör ich an!

Carmen, ich liebe dich!

CARMEN.

Nein, du liebst mich nicht!

JOSÉ.

Ha, was sagst du?

CARMEN.

Nein, du liebst mich nicht, nein!

Denn, von Lieb gerührt,

Hätt’st längst du mich hinweg geführt.

Dort in der Felsen wilde Klüfte

Würdest du fliehen jetzt mit mir;

JOSÉ.

Carmen!

CARMEN.

Auf einem Pferde flögst du schier

Hin, wie ein Sturmwind brausend durch die Lüfte,

Auf dem Sattel die Braut vor dir,

Dort gibt es in der Berge Ferne,

Heimlichen Aufenthalt für dich,

Du folgtest gerne,

Liebtest du mich!

JOSÉ.

Carmen!

CARMEN.

Es hausen dort nur deinesgleichen.

Kein Offizier, dem blindlings gehorchen du musst.

Dort tönt zum Appelle kein Zeichen.

Das den Geliebten reisst von der liebenden Brust,

Offen die Welt, nicht Sorgen drücken,

Unbegrenzt dein Vaterland,

Nur dein Wille gilt als höchste Macht,

Und voran, das seligste Entzücken

Die Freiheit lacht.

JOSÉ.

O Gott! Carmen!

CARMEN.

Dort in der Felsen wilde Klüfte

Würdest du fliehen jetzt mit mir!

JOSÉ.

Ha, schweige!

CARMEN.

Komm, lass uns eilen fort von hier,

Auf einem Pferde flögst du schier

Hin, wie ein Sturmwind durch die Lüfte,

Auf dem Sattel die Geliebte vor dir,

Fühltest du Liebe zu mir.

JOSÉ.

Schweig, o schweig, hab Mitleid doch mit mir,

Mein Gott!

CARMEN.

O teurer Freund! ist bange dir?

O sprich: fühlst du nicht Lieb zu mir?

JOSÉ.

Ach lasse ab, o schweig, hab Mitleid mit mir!

O mein Gott! weh mir.

CARMEN.

Komm, lass uns fliehen weit von hier,

Dort in die Berge folge mir!

O fliehen wir, o folge mir!

JOSÉ.

Carmen, schweig, weh mir.

Nein! ich will nichts hören! o schweig!

Die Fahne verlassen, schnöde feig?

Welche Schande! entehrt mich zu sehen,

Nein! nimmermehr!

CARMEN.

Nun wohl! geh!

JOSÉ.

Carmen! hör mein Flehen!

CARMEN.

Nein! ich lieb dich nicht mehr! geh, ich hasse dich.

Nimmermehr siehst du mich! –

JOSÉ.

O höre, Carmen!

Wohlan! lebe wohl! auf ewig – leb wohl!

CARMEN.

So geh! Hinweg!

Nr. 18. Finale.

ZUNIGA von draussen.

Holla! Carmen – holla!

JOSÉ.

Wer klopft? wer ist da?

CARMEN.

O schweig!

ZUNIGA.

Ich öffne selber und komme!

Ach, pfui, da seht die Fromme!

Nicht glücklich ist die Wahl, ‘s macht wenig Ehre dir,

Da den Sergeanten nehmen, wenn dir winkt der Offizier!

Zu José.

Du, geh mach weiter.

JOSÉ.

Nein!

ZUNIGA.

Du gehst im Augenblick!

JOSÉ.

Ich weiche nicht zurück.

ZUNIGA.

Unverschämter!

JOSÉ.

Zum Teufel! es ist um Euch getan!

CARMEN.

Halt ein, rühr ihn nicht an!

Zu mir, zu mir!

Zigeuner und Schmuggler erscheinen plötzlich von allen Seiten.

Mein Kapitän! Mein Offizier! es spielt die Liebe Euch

Fürwahr da einen schlechten Streich.

Denn, seht, Ihr kommet heut

Zu ungelegner Zeit;

Und leider sind gezwungen wir,

Soll nicht Verrat uns drohen hier,

Ein Stündchen Euch der Freiheit zu berauben.

DANCAÏRO UND REMENDADO.

Mein lieber Herr, wir bitten sehr,

Verlassen müssen wir dies Haus, Ihr wollt erlauben,

Ihr geht doch mit sogleich,

Wenn wir ersuchen Euch?

CARMEN.

Die Abendluft geniesset.

DANCAÏRO UND REMENDADO.

Ihr willigt ein?

Nun sprecht, was Ihr beschliesset.

ZUNIGA.

Ei, ganz gewiss, um so mehr,

Als ihr höflich seid!

Und so gewichtgen Gründen widersteht man schwer.

Doch hütet euch, treff ich euch in spätrer Zeit.

DANCAÏRO.

Du mein Gott! ‘s ist so Kriegsgebrauch,

Doch, unterdes, mein Offizier,

Ist’s Euch gefällig – gehen wir!

REMENDADO UND DIE MÄNNER.

Ist’s Euch gefällig – gehen wir!

CARMEN.

Nun, bist du uns ganz zugewandt?

JOSÉ.

Ja, weil ich muss!

CARMEN.

Ach, das klingt nicht sehr galant.

Doch was liegt daran? Ganz unser du bist,

Wenn du erst siehst:

Offen die Welt – nicht Sorgen drücken

Unbegrenzt dein Vaterland.

Nur dein Wille gilt als höchste Macht,

Und voran: das seligste Entzücken,

Die Freiheit lacht!

ALLE.

O folg uns in felsige Klüfte,

Wilder, doch rein wehn dort die Lüfte,

Entschliess dich mit uns zu gehn,

Und du wirst mit Staunen sehn:

Offen die Welt, nicht Sorgen drücken;

Unbegrenzt dein Vaterland!

Nur dein Wille gilt als höchste Macht,

Und voran: das seligste Entzücken,

Die Freiheit lacht!

Vorhang.

Dritter Aufzug.

Wilde Gebirgsgegend, dunkle Nacht.

Nr. 19. Sextett und Chor.

CHOR.

Nur mutig die Schlucht hinab, ihr Kameraden,

Dem, der waget, reicher Lohn gebührt,

Doch behutsam, auf rauhen Pfaden

Ein falscher Tritt zum Abgrund führt.

CARMEN, FRASQUITA, MERCÉDÈS JOSÉ, DANCAÏRO, REMENDADO.

Trefflich belohnt sich die Mühe fürwahr,

Doch eh’ man an das Ziel gelangt, gilt’s klug sein und verwegen,

Wir führen hier ein Leben voll Gefahr.

So winket uns auf sonniger Höh, in tiefer Schlucht entgegen,

Ob uns Blitze bedrohn oder tobt der Orkan,

Ob uns Felsen umstarren und Giessbäche schäumen,

Ob Soldaten wir finden auf unserer Bahn,

Die, in Dunkelheit spähend, die Pfade umsäumen!

Ohne Sorgen, nur mutig voran.

VORIGEN UND CHOR.

Nur mutig die Schlucht hinab usw.

Nr. 19 a. Rezitativ.

DANCAÏRO. Ihr ruhet hier ein Stündchen aus, Kameraden. Wir wollen uns erst überzeugen, ob der Weg auch frei ist, ob die Bresche im Walde nicht besetzt mit Wachen ist.

CARMEN. Worüber sinnest du?

JOSÉ. Ich erinnerte mich, dass nicht weit von hier lebt eine brave Frau, die noch für ehrlich mich hält. – Ach, leider täuscht sie sich.

CARMEN. Wer ist denn dieses Weibchen?

JOSÉ. Höre, Carmen, darüber lass jeden Scherz! ‘s ist meine Mutter!

CARMEN. Ei nun, geh doch wieder heim zu der Mutter, denn unser Handwerk passt doch nicht für dich, und das beste wär wohl, wenn du gingest noch heute.

JOSÉ. Verlassen soll ich dich?

CARMEN. Und noch heute!

JOSÉ. Von dir mich trennen, Carmen?! Sprichst du noch einmal solch ein Wort –

CARMEN. Willst du wohl gar mich töten? – Seine Blicke! sie verzehren mich! Doch was liegt wohl daran? Das Geschick mag sich erfüllen!

Nr. 20. Terzett.

MERCÉDÈS, FRASQUITA.

Mische, hebe, weissagen wir!

Drei Karten sind da, viere hier.

So lasset uns die Karten befragen,

Ja, ganz gewiss die Zukunft sie uns sagen,

Zeigt uns den Mann, der Lieb gesteht,

Und wer dies treue Herz verrät.

Nun denn – fang an.

FRASQUITA.

Da, ein Jüngling, schmuck von Gestalt,

Sein Herz fühlt für mich süsses Wehe.

MERCÉDÈS.

Der Meine ist reich, doch sehr alt,

Aber dennoch spricht er von Ehe.

FRASQUITA.

Er entführt mich auf seinem Ross,

Sprengt mit mir in felsige Klause.

MERCÉDÈS.

Ich sehe ein herrliches Schloss,

In dem ich als Königin hause.

FRASQUITA.

Ewig währt die Liebe zu mir,

Jeder Tag bringt Lust nur und Freude.

MERCÉDÈS.

Von Silber und Gold strotz ich schier,

Edelgestein, Perlen und Seide.

FRASQUITA.

Wohl hunderte folgen ihm nach,

Banditenchef ist sein Gewerbe.

MERCÉDÈS.

Da sieh, und der Meinige!

Ach ja!

Er stirbt – Ach!

Ich bin Witwe und erbe!

FRASQUITA, MERCÉDÈS.

Ach, wie gut das ist, die Karten zu fragen.

Ja, ganz gewiss die Zukunft sie uns sagen!

Zeigt uns den Mann, der Lieb gesteht,

Und wer dies treue Herz verrät!

MERCÉDÈS.

Das Glück!

FRASQUITA.

Die Lieb!

CARMEN.

Lasst sehn, was für mich übrig blieb?

Carreau, Pique! – der Tod!

Wohl les ich, was uns droht,

Früher für mich – später für ihn – der Tod.

Wenn dir die Karten einmal bittres Unheil künden,

Vergebens mische sie,

So oft du frägst, du wirst die gleiche Antwort finden,

Die Karten lügen nie.

Ist dir bestimmt im Schicksalsbuch das Glück, der Segen,

So mische unverzagt,

Stets auf dieselbe Art wird sich die Karte legen

Und dir nur Gutes sagt.

Hat aber prophezeit den Lebenslauf zu enden,

Des Schicksals Machtgebot,

Die Karten unerbittlich magst du drehn und wenden,

Sie künden stets den Tod.

Dann mische zwanzigmal mit zitternd bangen Händen

Die Karten, unerbittlich, sie künden stets den Tod.

Mir droht der Tod, ewig der Tod.

FRASQUITA, MERCÉDÈS.

Wie schön das ist, die Karten zu fragen usw.

Das Glück, die Lieb, wie schön – o Gott!

CARMEN.

O düstres Los, mir droht – der Tod.

Nr. 20 a. Rezitativ.

CARMEN. Was gibt’s?

DANCAÏRO. Wir wollen versuchen durchzukommen, hoffentlich wird’s gehn. Ihr bleibet hier, José, bewachet unsre Waren.

FRASQUITA. Der Weg ist nicht ganz frei?

DANCAÏRO. Nein! Am Walle die Bresche, sie ist besetzt, drei Zöllner wachen dort, ich sah sie selbst. Ihr müsst uns von ihnen befrein.

CARMEN. Nehmet nur die Waren und geht, ihr kommet durch, wir stehn dafür.

Nr. 21. Ensemble.

FRASQUITA, MERCÉDÈS, CARMEN.

Ach, die Zöllner sind nur Sünder,

Lieben ja die Frau’n und hübsche Kinder,

Und mancher spielt gerne den Galan,

Ach, lasst uns, wir schaffen freie Bahn!

ZIGEUNERINNEN.

Ach, die Zöllner sind nur Sünder usw.

ALLE.

Zöllner sind Sünder!

MERCÉDÈS.

Aber öfters zart und fein.

ALLE.

Lieben die Frau’n –

CARMEN.

Werden uns auch günstig sein.

ALLE.

und hübsche Kinder

FRASQUITA.

Wollen ihrer Huld sich freun!

MERCÉDÈS.

Ein braver Zöllner lässt uns zur Stadt hinein.

ALLE FRAUEN.

Ach, die Zöllner sind auch Sünder usw.

DANCAÏRO, REMENDADO, MÄNNER.

Die Zöllner sind ja doch nur Sünder,

Sie lieben Frau’n und hübsche Kinder,

Und mancher spielet den Galan,

Drum lasset sie gewähren, denn sie schaffen freie Bahn.

FRASQUITA, MERCÉDÉS, CARMEN.

Hier gilt es nicht Kämpfe, nicht Schlachten,

Es ist ein Krieg anderer Art,

Ein wenig schwärmen oder schmachten

Ein süsses Wort, freundlich und zart

Sollten sie gar Küsschen verlangen,

Gibt man sie auch, was liegt daran?

ALLE FRAUEN.

Doch zum Ziele wird man gelangen,

Wir kommen durch, frei ist die Bahn.

ZIGEUNERINNEN.

Die Conterbande langet an!

ALLE.

Die Zöllner sind ja doch nur Sünder,

Lieben Frau’n und hübsche Kinder,

Und mancher spielet den Galan.

ALLE FRAUEN.

Lasset uns, wir schaffen freie Bahn,

Lasset uns voran!

Ja, voran

Frei ist, die Bahn!

Nr. 22. Rezitativ und Arie.

MICAËLA. Hier in der Felsenschlucht sollen hausen die Schmuggler. Hier soll er sein, ich werd ihn sehn. – Mir wird so bang an diesem Schreckensorte. O mein Gott, gib Kraft mir, ihn zu retten!

Ich sprach, dass ich furchtlos mich fühle,

Und, trotz Gefahr, Mut meine Seele belebt. –

Doch wenn ich auch die Tapfre spiele,

Vor Angst und Schreck mir das Herz erbebt.

Wild ist der Ort, voll Grauen,

Und ich bin hier allein; doch Mut – was zag ich mehr?

Ja, nur auf ihn dort will ich bauen,

Du wirst mich schützen, Gott, mein Herr!

Jenem Weibe nah’ ich mit Bangen,

Das frech sein reines Herz getrübt,

In ihrem Netze hält sie gefangen

Den Mann, den ich so heiss geliebt.

Man sagt, sie sei schön und gefährlich,

Ach, sie zu sehen, welche Pein!

Doch darf ich erbeben? Nein, o nein!

Vor sie tret ich offen und ehrlich:

Ach, nur Mut wird Gott der Schwachen leihn,

Mein Gott, du wirst mir Mut verleihn,

Ja, ich sprach usw.

Nr. 22a. Rezitativ.

MICAËLA. Doch täusch ich mich nicht? – Dort, dort auf jenem Felsen, er ist’s, José – José! – Er scheint mich nicht zu sehn. Doch was ist das? – Er legt an sein Gewehr – Gott, meiner Kraft hab ich allzuviel zugetraut!

ESCAMILLO. Eine Linie tiefer, und alles wär vorbei!

JOSÉ. Wer da? Stehet still!

ESCAMILLO. Ei, sachte nur, mein Freund!

Nr. 23. Duett.

ESCAMILLO.

Ich bin Escamillo – in dem Stierkampfe Sieger!

JOSÉ.

Escamillo?

ESCAMILLO.

Ich bin’s!

JOSÉ.

Hab gehört schon von Euch.

Willkommen seid Ihr hier, doch wahrlich, es wär klüger,

Wenn nicht hierher Ihr kämt.

ESCAMILLO.

Es war ein dummer Streich.

Aber ich bin verliebt, mein Freund, will’s ehrlich sagen,

Und in der Tat, es däucht kein echter Spanier mir,

Der für sein Liebchen nicht das Leben wollte wagen.

JOSÉ.

Dieses Liebchen, o sprecht – ist es hier?

ESCAMILLO.

Ganz gewiss. – Zigeunerin, so wie es scheint.

JOSÉ.

Wie ist ihr Name?

ESCAMILLO.

Carmen!

JOSÉ.

Carmen!

ESCAMILLO.

Carmen – ja, mein Freund.

Es hat bis jetzt ihr Herz einem Soldaten angehört,

Der ihr zulieb verliess des Regimentes Fahne.

JOSÉ.

Carmen!

ESCAMILLO.

Sie liebten sich – vorbei ist’s, wie ich ahne.

Carmens Liebe nie länger als sechs Wochen währt.

JOSÉ.

Und doch seid Ihr verliebt?

ESCAMILLO.

Ei, freilich.

Verliebt, mein teurer Freund, zum Wahnsinn,

Ihr findet’s wohl verzeihlich.

JOSÉ.

Doch wenn man ein Zigeunerkind dem Stamme entrissen

So zahlt man auch, das müsst Ihr wissen!

ESCAMILLO.

Wie? Man bezahlt? Sei’s – desto besser!

JOSÉ.

Nur eine Münze gilt: »Das blinkende Messer«.

ESCAMILLO.

Das blinkende Messer?

JOSÉ.

Versteht Ihr wohl?

ESCAMILLO.

Ach, der Fall ist ja klar.

Und der Soldat, Ihr seid es ohne Zweifel,

Der Carmens Liebster ist – oder war.

JOSÉ.

Ja, alle Teufel!

ESCAMILLO.

Das freut mich wirklich sehr.

So wagen wir den Kampf, er gereicht mir zur Ehr.

JOSÉ.

Ha! er wagt es, mich zu höhnen,

Wild erwacht in mir die Wut –

Sein Blut kann nur den Schimpf versöhnen,

Fliessen soll sein Blut!

ESCAMILLO.

Eitler Liebe wollt ich frönen,

Und nun gilt es Kampfesmut,

Ich finde statt der Schönen

Den Liebsten, das ist gut!

BEIDE.

Mag der Kampf entscheiden;

Nun wehre dich!

‘s gilt einem von beiden –

Sei’s Hieb – sei’s Stich.

Nr. 24. Finale.

CARMEN.

Halt ein! halt ein! José!

ESCAMILLO.

Ach! der Gedanke macht mich beben,

Dass Carmen selbst es war, die rettete mein Leben! zu José

Mein Soldat! lebe wohl! Auf bald’ges Wiedersehen.

Das Messer in der Hand – wir uns entgegenstehen,

Bestimm den Tag, wo sich der Kampf erneuern soll.

DANCAÏRO.

Es ist genug, lasst jetzt den Streit!

Wisst, wir müssen nun fort, mein Freund,

Entferne dich, es ist Zeit!

ESCAMILLO.

Nur noch ein Wort, bevor ich zu gehn bin bereit:

Ich lad euch alle ein, dort in Sevillas Mauern

Zum nächsten Stiergefecht, wo gefeiert ich bin,

Und ich sag nur ein Wort:

Wer mich liebt, der ist dort!

Mein Freund, was soll das Lauern?

Was ich sprach, ja, hat offnen Sinn,

Hier meine Freundeshand zum Abschied nehmet hin.

JOSÉ.

Hüte dich wohl, Carmen, müde bin ich der Qual!

ESCAMILLO von fern.

Auf in den Kampf, Torero,

Stolz in der Brust, siegesbewusst;

Wenn auch Gefahren dräun,

Sei wohl bedacht,

Dass ein Aug dich bewacht

Und süsse Liebe lacht!

Vorhang.

Vierter Aufzug.

Platz in Sevilla. Es ist der Tag eines Stiergefechtes. Auf dem Platze herrscht grosse Bewegung.

Nr. 25. Chor.

VERKÄUFER, VERKÄUFERINNEN.

Nur zwei Cuartos, nur zwei Cuartos!

Fächer zum fächeln kühler Luft,

Hier Orangen, welch süsser Duft,

Hier Programme, deutlich genau,

Hier Wein, hier Wasser, hier Cigaretten,

Nur zwei Cuartos, nur zwei Cuartos.

Señoras und Caballeros!

ZUNIGA.

Gebt Orangen, schnell.

VERKÄUFERINNEN.

Nehmet hier, den Damen mag es wohl bekommen!

EINE VERKÄUFERIN.

Schön Dank, mein schmucker Herr Offizier,

ALLE.

Hättet ihr die schönren genommen

Fächer zum fächeln kühler Luft usw.

ZUNIGA.

Zwei Fächer gib, gute Frau!

EIN ZIGEUNER.

Sehet hier die schönen Lorgnetten!

ALLE.

Nur zwei Cuartos usw.

Ballett.

Nr. 26. Marsch und Chor.

KINDER.

Ha, sie naht, es ist die Quadrilla!

CHOR.

Seht sie da, sie kommt herbei – es ist die Quadrilla.

Seht sie hier mit Schwert und mit Lanze,

Die Quadrilla der Toreros,

Wie das strahlt im sonnigen Glanze!

Schwingt hoch empor Mützen und Sombreros,

Ha, sie naht, es ist die Quadrilla der Toreros!

KINDER.

Ach, da kommen auch Alguazile!

Wo’s ein Fest gibt, fehlen die nie,

Leider sind es ihrer zu viele,

Hole doch der Teufel sie.

Hurra!

CHOR.

Hol der Teufel sie – hurra!

Grüssen wir die tapferen Reihn

Jener Männer, genannt »Chulos«.

Bravo! Viva! Lasst uns schrein:

Jenen tapfern Reihn Chulos,

Ein Hoch den Banderilleros!

Die Mienen tollkühn und verwegen,

Da seht! Geschmückt mit Bändern wunderbar,

Mit Golde ausgelegt die Degen,

Da seht! Begrüsst die wackre Schar!

Ein Hoch den Banderilleros!

Was sehn in der Sonne wir blitzen?

Es sind die Picadors – wie sind sie schön,

Wenn mit blanken, eisernen Spitzen

Kühn dem Stier sie entgegengehn.

Da kommt er! Der Tapfre! Escamillo!

Hoch ruft dem Torero!

Stolz in der Brust,

Siegesbewusst!

Dem in blutig heisser Schlacht

Stets das Glück treulich hat gelacht.

Escamillo erscheint. Neben ihm Carmen.

CHOR.

Hoch Escamillo!

Seht sie hier mit Schwert und mit Lanze usw.

Bravo, viva, bravo!

ESCAMILLO zu Carmen.

Liebst du mich treu und innig und willst mir angehören,

Dann sieh hin; dort im Kampf, sollst du stolz sein auf mich,

Wenn du wahrhaft liebst.

CARMEN.

Escamillo, ich lieb dich und ich kann dir es schwören,

Noch nie hab ich geliebt einen Mann, so wie dich.

BEIDE.

Ja – ich liebe dich!

MEHRERE STIMMEN.

Platz! Platz für den Señor Alkalde!

FRASQUITA.

Carmen, darf ich dir raten?

Geh fort und bleib nicht da!

CARMEN.

Und warum? sprich, was gibt’s?

MERCÉDÈS.

Er ist da!

CARMEN.

José?

MERCÉDÈS.

Ja! Don José,

In der Menge dort lauernd verbirgt er sich.

CARMEN.

Ja, ja, ich seh ihn.

FRASQUITA.

O, hüte dich! –

CARMEN.

Ich bin nicht das Weib, das sich fürchtet und zagt,

Ich erwart ihn – hör ihn an, was er sagt.

MERCÉDÈS.

Carmen, glaub mir und hüte dich.

CARMEN.

Ich fürchte nichts!

FRASQUITA.

O, hüte dich!

Nr. 27. Duett und Finale.

CARMEN.

Du bist’s?

JOSÉ.

Ich bin’s!

CARMEN.

Es ward mir schon die Kunde,

Dass du nicht weit entfernt, dass du mir stelltest nach;

Selbst Gefahr für mein Leben brächte diese Stunde,

Doch ich bin furchtlos – feige Flucht wäre Schmach.

JOSÉ.

Ich will dir ja nicht drohn – ich bitte – sieh mich beben.

Ich fleh zu dir, o Carmen! Die Vergangenheit sei vergeben.

Komm, ziehn wir beide fort,

Wir beginnen ein neues Leben

Weit von hier, an fernem Ort.

CARMEN.

Was du verlangst, es ist unmöglich!

Fern von mir ist Heuchelei,

Es bleibt mein Herz unbeweglich,

Und zwischen uns ist es vorbei,

Und was mein Los auch sei,

Zwischen uns ist es vorbei!

JOSÉ.

O Carmen, nur ein Wort noch höre,

Ach, zu mir wiederkehre;

Ich reisse ja aus diesem Abgrund dich

Und deine Ehre!

O folge mir, ich rette dich und mich.

CARMEN.

Nein, all dein Flehn ist vergebens,

Mag mir Tod auch künden dein Blick.

Und wär’s das Ende meines Lebens,

Nein, nein! ich weiche keinen Schritt zurück.

JOSÉ.

Carmen, nur ein Wort noch höre usw.

CARMEN.

Nicht länger mein Herz betör,

Es schlägt nimmermehr für dich,

Mag der Tod ereilen mich.

Eh’ ich zu dir wiederkehre,

Fest unwandelbar ist mein Entschluss;

Verlasse mich!

JOSÉ.

Wie, du liebst mich nicht mehr?

CARMEN.

Nein, ich liebe dich nicht mehr!

JOSÉ.

Doch all mein Hoffen und mein Lieben

Ist ewig treu nur dir geblieben.

CARMEN.

Wozu die Worte noch? sie klingen hohl und leer.

JOSÉ.

Carmen, mein Herz ist treu geblieben,

Wohlan! ich bleibe treu den Scharen,

Und bin Bandit wie sie,

Ich tue, was du willst,

Ja, höre wohl:

Wenn du der Liebe heisses Sehnen stillst.

Ach, denke doch vergangner Zeit zurück,

Wo wir so selig waren.

Zu deinen Füssen lieg ich hier,

Carmen, geh nicht von mir.

CARMEN.

Es weichet Carmen keinem Gebot!

Frei will ich sein, frei selbst noch im Tod.

CHOR im Zirkus.

Viva! Viva! ach, wie so herrlich!

In dem blutgen Sand wie gefährlich

Rennt der Stier dem Kämpfer entgegen,

Seht da, wie Escamillo zieht seinen Degen –

Wie das Tier gereizt auf ihn springt –

Ob der Stoss ihm glücklich gelingt?

Seht da, seht da, Victoria!

JOSÉ.

Wohin eilst du?

CARMEN.

Lasse mich!

JOSE.

Dem dort man Beifall schreit –

Ha! Er ist es, den du liebst!

CARMEN.

Lasse mich!

JOSÉ.

Bei meiner Seligkeit,

Du gehest nicht von hier!

Carmen! nein, folgen musst du mir.

CARMEN.

Lasse mich, Don José, ich kann nicht mit dir ziehn.

JOSÉ.

Du gehst zum Stelldichein? sprich! so liebst du ihn?

CARMEN.

Ich lieb ihn und selbst im letzten Augenblick

Sag ich’s laut: »Er nur ist all mein Glück.«

CHOR im Zirkus.

Viva! Viva! ach, wie so herrlich!

In dem blut’gen Sand wie gefährlich

Rennt der Stier dem Kämpfer entgegen,

Seht da, Escamillo zieht seinen Degen,

Siegsbewusst

Ihm zielt nach der Brust.

JOSÉ.

Dahin, was mir wert war und teuer,

Das Heil meiner Seele entflohn,

Indessen du – ein Ungeheuer,

In seinen Armen lachest Hohn!

Bei meinem Blut! – das darf nicht sein!

Carmen! du folgst mir! du bist mein!

CARMEN.

Nein, nimmermehr!

JOSÉ.

Zauderst du – ist’s um dich getan.

CARMEN.

Wohlan! so töte mich oder gib frei die Bahn!

CHOR im Zirkus.

Victoria!

JOSÉ.

So sprich dein letztes Wort,

Dämon! folgest du mir?

CARMEN.

Fort! Fort!

Diesen Ring, den du einst als Liebespfand gegeben,

Da!

JOSÉ.

Nun denn, so stirb!

Zieht seinen Dolch und stürzt auf Carmen los.

CHOR im Zirkus.

Auf in den Kampf, Torero!

Stolz in der Brust

Siegesbewusst!

Wenn auch Gefahren dräun,

Sei wohl bedacht, –

Dass ein Aug dich bewacht

Und süsse Liebe lacht.

JOSÉ stösst ihr den Dolch in die Brust. Sie sinkt nieder und stirbt.

Seht mich hier, blutgerötet,

Ja, ich hab sie getötet! –

Ach, Carmen! du mein angebetet Leben!

Alguazils und Soldaten treten vor, um José festzunehmen. Allgemeine Gruppe.

Ende.